30 / 03 / 2015

 - Actualité

Takis, de l’énergie à revendre

Le Palais de Tokyo lui consacre actuellement une vaste monographie jusqu’au 17 mai 2015, tandis que la Menil Collection à Houston présente des œuvres majeures de l’artiste issues de sa collection (du 24 janvier au 26 juillet 2015)

exposition Takis au Palais de Tokyo
Sans doute passez-vous régulièrement devant le monumental bassin de signaux lumineux présent sur l’esplanade de la Défense. Il y est installé depuis 1988. Mais en connaissez vous l’auteur ? Il s’agit d’un artiste grec,  âgé aujourd’hui de 90 ans, et qui trouve sa place dans l’histoire de l’art  liée aux années 50-60 et en rapport avec les avant-gardes de l’époque. Il faut en effet déplacer un peu le curseur du temps, en remontant vers le milieu du siècle dernier pour situer cette œuvre dans son contexte. De son nom véritable, Vassilakis Panayotis Takis, que l’on résume tout simplement à Takis, le jeune artiste autodidacte débarque à Paris en 1954, attiré par la sculpture moderne, celle que Picasso et Giacometti réalisent.  Très vite pourtant il abandonne les matériaux classiques, fasciné par la « magie scientifique », il décide d’explorer l’énergie des champs magnétiques. Il s’inscrit ainsi dans la proximité de ses contemporains : les artistes du Nouveau Réalisme (Klein, Arman, César, Tinguely) ou ceux de l’art cinétique (Soto, Agam, Le Parc) en intégrant à ses sculptures des dimensions nouvelles, le mouvement, la lumière, la musique. C’est ainsi qu’il réalise ses premiers Signaux, qui ne sont que de simples tiges de métal ou même des cordes de piano vibrant grâce au vent. Son inspiration, il la puise dans son environnement contemporain et son goût pour les aéroports, les gares de triage. « Des yeux de monstres s'allumaient et s'éteignaient, des rails, des tunnels, une jungle de fer» dit-il, sur un ton lyrique, presque mythologique.
Il aime jouer, comme nous tous, en manipulant les forces contraires que lui procure l’usage des aimants. Les capacités des aimants pour agir à distance, tirant sur le fer ou des objets métalliques, attirer ou repousser d'autres aimants, peuvent sembler magiques… Takis va utiliser cette force magnétique qui répond à une loi physique essentielle dans notre vie quotidienne. Il bricole, expérimente, associe et combine des matériaux ordinaires en recourant à des objets manufacturés et crée alors des compositions.  Celles-ci rendent visibles ces forces grâce auxquelles les objets tiennent dans l’espace, donnent l’illusion du flottement d’un balancier invisible. « Nous sommes baignés dans le magnétisme mais nous n'en sommes pas conscients. Chaque humain est un aimant » aime-t-il dire.
Il s’amuse de cette attirance que nous avons nous même, comme des enfants,  pour un jeu qu’il aime pratiquer et auquel il invite le public  à s’y adonner aussi, où l’on  saupoudre de la limaille de fer, sur un morceau de papier sous lequel on glisse un aimant. Les dépôts s’alignent grâce au champ magnétique et forment des motifs qui se déforment au gré des envies de l’utilisateur. A côté de ces travaux de petites dimensions, il joue volontiers avec des éléments monumentaux, des piliers métalliques, des tiges verticales, des sphères qui tournoient, oscillent et s’animent selon  ses désirs. Ils évoquent des totems de notre époque, des signaux telluriques, des antennes magnétiques et des radars cosmiques et éoliens dans le même temps. La lumière et le son ne sont jamais absents de ses recherches sur la forme dans l’espace, l’apesanteur et l’équilibre. Ce qui fait dire  à Marcel Duchamp en 1962, non sans humour, Takis ce « gai laboureur des champs magnétiques » et l’oeuvre n’a en effet rien perdu ni de sa force ni de sa légèreté !

http://www.palaisdetokyo.com/fr/exposition/takis