13 / 05 / 2015

 - Actualité

Françoise Pétrovitch rencontre les collections du LAAC et du Frac

Atelier françoise Pétrovitch (c) Hervé Plumet

Un petit chemin de dalles en teck, dans le gazon vert vif du printemps, relie le lieu de vie au lieu de travail. C’est dans le jardin de sa maison en meulière, dans la région parisienne, à l’emplacement du garage, que Françoise Pétrovitch a fait construire son atelier. Un grand parallélépipède tout blanc  et de grande hauteur sous plafond, percé de belles baies vitrées pour que la lumière vienne baigner tout l’espace. Au mur sont fixés les dessins en cours sur lesquels elle travaille. Sur une table d’autres dessins et carnets indiquent une recherche quotidienne. Une mezzanine à laquelle on accède par un petit escalier à vis métallique, ménage un coin chaleureux empli de gros coussins, conçu pour les rencontres et conversations. C’est là que l’artiste nous parle de son travail et de son exposition du moment. Elle a été invitée par le LAAC (Lieu d’Art et Action contemporaine) à puiser dans les réserves de la collection du musée et du Frac Nord-Pas de Calais pour y faire une sélection et un accrochage en y incluant ses propres œuvres pour proposer des rapprochements inédits. Une carte blanche en lien et en proximité avec les collections des deux institutions. « Ce qui m’a intéressé d’emblée est d’avoir le droit d’exposer à côté des peintres dont on me parlait beaucoup lorsque j’étais étudiante, comme une autorisation d’y insérer mon travail » nous dit-elle. Elle dispose de cinq grandes salles, comme des alvéoles  et a conçu son cheminement comme l’on ouvre des portes, à chaque fois l’on se retrouve devant un sujet particulier. « J’ai fait une exposition très formelle avec des relations, qui ne sont, finalement, pas si habituelles que cela, en donnant une place forte aux images en deux dimensions ». Une salle est plus entièrement dédiée au dessin où Françoise Pétrovitch a fait construire une très grande table pour y disposer des dessins de toutes tailles et supports, des statuts de dessins différents qui vont de la maquette aux petits croquis, des dessins d’intention sur carnet ou des dessins très aboutis et travaillés. Dans une autre salle, elle rapproche un tableau gris de Richter, d’une sculpture de Berlinde de Bruyckere recouverte de laine et trois toiles de Gérard Schlosser, de six de ses petits dessins de la série des Nocturne, avec des personnages aux regards baissés ou cachés, où aucun regard direct ne vient  poindre, l’ensemble donne une impression mate, feutrée très intériorisée,  cela crée une ambiance intime.  Dans la pièce suivante de s’opère des glissements, en mettant face à face des visages et des corps sans têtes, ceux de Christian Boltanski, de Jean Le Gac avec ses propres toiles malicieusement intitulées verdure ou paysage à l’estomac pour préciser les motifs qui illustrent les vêtements d’adolescent dont les têtes ont été coupées par le bord de la  toile. « L’espace est majestueux, aussi dans l’exposition, j’avais envie de présenter la peinture, puisque  mon travail actuel prend un sens plus important dans cette orientation» ajoute l’artiste. L’idée de fragment, d’apparition et disparition, de présence et d’absence, de fantômes qui sont ses thèmes récurrents ressortent bien sûr dans l’accrochage. « A la fin j’ai fait construire une boîte dans la boîte, pour y projeter ma dernière vidéo, entrée libre, avec sur les murs avoisinant des œuvres d’On Kawara, d’Erick Dietman, de Francois Morellet, une réunion d’œuvres qui évoquent l’absence ». Enthousiaste pour cet exercice de muséographie, elle s’avoue très heureuse de ce travail qui l’a électrisé  et permit de mener une réflexion sur la notion de collection. Dans le bleu de ses yeux, couleur de ciel d’été,  s’est allumé une étincelle.

 

Ville de Dunkerque

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