02 / 06 / 2015

 - Actualité

Dans l’atelier d’Agnès Thurnauer

Atelier Agnès Thurnaeur

C’est dans son atelier à Ivry que l’artiste nous reçoit. Une grande pièce rectangulaire bordée d’un côté, d’une série de larges baies vitrées qui laisse couler à flot la lumière. Le paysage qui s’étale sous ses yeux est vaste, dégagé et  étendu, marqué surtout par des rails de chemin de fer, créant un motif géométrique. Y passe régulièrement le petit train de banlieue qu’on n’entend plus siffler mais qui rythme le temps à sa manière. Et le temps est justement une des notions essentielles pour entrer dans l’œuvre d’Agnès Thurnauer. Pour elle, le temps de l’histoire de l’art n’est pas figé, mais bel et bien vivant  à la façon d’un flux constant. L’œuvre existe dès l’instant qu’on la regarde, qu’elle ait été réalisée il y a 2000 ans ou aujourd’hui. C’est le regard que l’on porte sur elle qui l’anime, lui donne vie, la rend contemporaine. Aussi l’artiste franco-suisse ne cesse de contempler et se nourrir de l’art de toute époque, de toute forme. « C'est Lascaux où je suis lorsqu'à l'atelier, dans cette pièce en retrait du monde, tous les silences et les mots me parviennent amplifiés à l'extrême, plus nus et plus lisibles qu'ils ne le sont sur le lieu même de l'émission. Tout peut être entendu alors et tout peut se dire en peinture » nous dit cette grande et mince femme brune d’une voix posée, en prenant le temps de peser ses mots et leur accorder toute leur valeur. C’est dans son atelier reconstitué et à échelle double que l’artiste nous reçoit, dans la galerie Valérie Bach à Bruxelles. Oui son atelier, dans l’espace même de la galerie, lieu de vente. Dans le jeu de mise en abîme, elle glisse la métaphore, elle écrit un palimpseste. Elle évoque des figures féminines de l’histoire de l’art qui dialoguent entre-elles. On y repère la silhouette  de Mona Lisa qui discute avec une amie, et l’on peut lire leurs confidences : « et avec Léonard ?», «c’est fini » ! On y retrouve Artémisia Gentileschi grande figure de la peinture au féminin tendant son bras pour poser une touche sur une œuvre qu’elle n’a pas pu peindre. Ou encore Suzanne Valladon modèle pour peintre (et notamment Degas) avant de devenir artiste elle-même, nue mais aussi armée de son pinceau de peintre, et l’on entend presque un air comme une rengaine, Suzanne peint. Un tondo comme un badge gigantesque d’un jaune vif posé sur un socle indique la présence de Joséphine Beuys (alter ego féminin du célèbre artiste allemand).  La  serveuse du bar des folies Bergères a trouvé aussi sa place, couverte d’un texte typographié, elle reste une présence familière. Agnès Thurnauer ne convoque pas ses aînées dans la peinture mais, elle  les invite et dialogue avec elles. Elles ne parlent que d’art, et du lieu de sa création. C’est la raison pour laquelle, dans la galerie, certains murs sur lesquels sont accrochés les tableaux, ont été tapissés d’une photographie imprimée immense, qui reproduit les taches de peinture qui viennent maculer les murs blancs de l’atelier, rendant vivant le geste de l’artiste, redonnant chair au corps travaillant et créant. L’atelier fait pénétrer le spectateur dans l’univers secret de la création : en découvrant ces lieux, il se glisse dans l’intimité de l’artiste et de ses œuvres. « La solitude de l'atelier n'est pas éloignement, elle est d'autant plus peuplée qu'elle est à l'écart. C'est cet écart qui est garant de la présence au monde » nous dit encore la peintre. Si vos pas vous mènent à Bruxelles, allez pénétrer dans l’atelier d’Agnès Thurnauer, vous y sentirez sûrement sa présence, car, comme elle l’exprime elle-même : « l'esprit d'un artiste, son premier atelier, est le lieu des pérégrinations, des confrontations et des naissances. C'est une toile! C'est là que viennent au monde les représentations ».

 

Galerie Valérie Bach

6 rue Faider - Brussels

Agnès Thurnauer « Studio As Performance »

Sous le commissariat d'Elena Sorokina


Exposition du 24.04.15 au 26.06.15