03 / 11 / 2015

 - Actualité

Road-trip pictural : nos artistes dans les galeries d'art

nos artistes dans les galeries d'art

Photo : Janaina Tschäpe à la Galerie Xippas
Crédits : Galerie Xippas (c)

Janaina Tsachäpe à la Galerie Xippas (c)

Qui a dit que la peinture était morte ? Surfant sur un retour en force du médium, les galeries mettent à l'honneur cet automne quatre peintres présents dans notre collection : Pierre Soulages, Gérard Traquandi, Olivier Mosset et la benjamine (et seule femme) de la bande : Janaina Tschäpe. Direction le Marais, à Paris, pour un road-trip pictural.

 

Or noir

 

Mastodonte du marché de l'art (et du circuit parisien), la galerie Karsten Greve accueille depuis le 16 octobre les peintures récentes de Pierre Soulages. Inaugurée à l'occasion de la FIAC – histoire d'en faire profiter les collectionneurs présents dans la capitale –, l'exposition se prolongera jusqu'en janvier 2016. Parmi la petite quinzaine de toiles proposées, certaines, datant de l'été 2015, sentent encore la peinture fraîche. Les plus anciennes remontent à 2013. Un accrochage des plus classiques décline ainsi tout le registre des fameux « Outrenoirs », monochromes striés de sillons plus ou moins profonds, plus ou moins espacés les uns des autres, selon l'outil choisi et les reflets visés. Depuis 35 ans, Pierre Soulages cherche toujours à y faire naître la lumière à partir de « l'état de surface du noir », à générer un rythme, une brillance ou une matité spécifiques. Les amateurs de cette star de l'abstraction contemporaine française (âgé de 96 ans !) ne seront pas dépaysés. Les attendent les habituels grands formats – « plus un tableau est vaste et plus il va vous emmener ailleurs » dit le peintre – ; pâte sombre brossée de rainures régulières à l'oblique ou d'impacts dispersés. Ou encore cette toile qui semble creusée d'empreintes d'animaux pris dans le goudron – matière que Pierre Soulages n'utilise plus, lui préférant désormais l'acrylique. Pour les non initiés, un documentaire filmant l'artiste au travail tiendra lieu à la fois de médiation et de conclusion.


Tristes tropiques

 

Après le noir/lumière chez Karsten Greve, c'est une orgie de couleurs qui éblouit le visiteur de la galerie Xippas. La Germano-brésilienne (vivant à New York) Janaina Tschäpe  y présente ses dernières peintures "gestuelles" et une série de dessins. Jungles roses, vertes ou bleues balafrées de coulures ; réseaux denses composés d'entrelacs et de couches superposées. L'artiste mêle la sensualité de la peinture – son érotisme – à la fragilité du dessin – sa sauvagerie. Ses paysages non figuratifs sont réalisés de mémoire. Ils évoquent une nature luxuriante en constante transformation. Une fascination pour la métamorphose déjà visible dans les performances passées de l'artiste où, affublée de prothèses, elle jouait les anges ténébreux, les sirènes échouées ; s'allongeait en pleine forêt vierge, dans un rêve de fusion. Revenue sur le tard à peinture, Janaina Tschäpe tente de transposer sur la toile cette énergie créatrice, mutante, d'abord testée dans le corps. Cette nouvelle série se distingue des précédentes en cela qu'elle semble contenir sa propre finitude. Paradis griffonnés qui courent à leur perte par leur débauche même. Séductions crépusculaires. Tropiques tristes car menacées ? A découvrir sans tarder, d'ici le 18 novembre.



La peinture à l'état nu

 

Autre lieu (à une enjambée de chez Xippas, dans la nouvelle VnH gallery), autre ambiance. Jusqu'au 23 novembre, l'ex-membre du groupe historique BMPT, Olivier Mosset, s'offre une conversation des plus amicales avec l'artiste Mai-Thu Perret. Avec sa volonté de ne montrer que la peinture, rien que la peinture (dans sa vérité toute crue, c'est-à-dire sa matérialité brute), Monsieur Mosset s'entend à merveille avec sa confrère suisse, qui prône pour son travail « le degré zéro de l'expression ». Pour Olivier Mosset, une pipe est une pipe, un monochrome rouge (qui prend ici toute la largeur du mur) un monochrome rouge, un point c'est tout. Pour Mai-Thu Perret, un tapis a autant de valeur qu'un tableau de Vélasquez... Si le lien entre les deux pratiques ne sautent pas immédiatement aux yeux, l'exposition tend à le démontrer. Pour l'occasion, Olivier Mosset recouvre la façade de la galerie d'un Wall painting strié d'or. On ne peut s'empêcher d'y voir un clin d'oeil aux fastes du marché de l'art (FIAC oblige), quitte à charger d'ironie (à tort) cette peinture  résolument minimale.


Regarder le soleil en face

 

Pour la dernière étape de notre grand tour, direction la galerie Laurent Godin, à l'autre bout du Marais (côté Centre Pompidou). On y retrouve les All-over du Marseillais Gérard Traquandi, toiles verticales presque aussi grandes que les murs qui les accueillent. Soit, après les déconstructions d'Olivier Mosset, un retour au paysage, et à un certain expressionnisme pictural. Car si Traquandi fait dans l'abstraction, ses toiles transcrivent des ambiances lumineuses, des « sensations colorées » issues du réel. « Comme beaucoup d'enfants, j'aime, après avoir regardé le soleil en face, fermer les yeux et laisser s'imprimer sur les paupières les couleurs qui subsistent après cet éblouissement » confie t-il dans le communiqué de presse. La peinture est une archive subjective, une mémoire sur le point de s'effacer. Gris neigeux, bruns rugueux des sous-bois, roses fatigués, salis, prenant l'aspect du métal... Autant de couleurs insaisissables, changeantes telle une météo éprise de spirituel. Jusqu'au 12 décembre.