26 / 02 / 2016

 - Actualité

« Botticelli Reimagined », l'histoire d'une success story au Victoria and Albert Museum

Montrer en quoi Sandro Botticelli, l'un des grands peintres de la Renaissance florentine, a marqué plusieurs générations d'artistes, du 19ème siècle à aujourd'hui ? Telle est l'ambition du Victoria and Albert Museum de Londres, avec l'exposition « Botticelli Reimagined », rendue possible grâce au soutien financier de Société Générale (principal partenaire des événements-phares de l'institution en 2016 et 2017). Une postérité florissante, à découvrir du 5 mars au 3 juillet 2016.

« Botticelli Reimagined », l'histoire d'une success story au Victoria and Albert Museum

A Londres, le printemps sera Boticcelli ou ne sera pas. Une saison idéale – la meilleure qui soit –  pour exposer le travail de ce peintre des nymphes et des fleurs. Humaniste chrétien nourri au néoplatonisme, s'illustrant autant dans les thèmes profanes que religieux – cf. ses nombreuses vierges à l'enfant –, Sandro Botticelli (1445-1510) passe pour un précurseur du maniérisme italien (dont il anticipe les lignes ondoyantes). Pourtant reconnu en son temps, il a été oublié pendant 300 ans et redécouvert dès 1850 par une poignée de peintres anglais. Depuis, cet artiste, proche des Médicis dont il a immortalisé les traits, n'aurait cessé d'inspirer la création contemporaine, tous domaines confondus. C'est donc à travers 150 œuvres – peintures mais aussi sculptures, robes, films et tapisseries – que le Victorian and Albert Museum nous rappelle la fécondité de l'oeuvre. Découpée en trois parties, l'exposition présentera une sélection de toiles et surtout de dessins du maître – dont le Pallas et le Centaure de la Galerie des Offices –  aux côtés de productions ultérieures qui en ressuscitent « l'esprit » – signées René Magritte, Elsa Schiaparelli, Andy Warhol ou Cindy Sherman.



Sauvé par le 19ème siècle

 

C'est en Angleterre – il n'y a pas ici de coïncidence – que l'oeuvre de Sandro Botticelli renaît de ses cendres, exhumée de terre par un groupe de peintres, les préraphaélites, ne jurant que par l'art italien du XVème siècle – celui, dit « primitif », d'avant Raphaël. Leurs noms : Dante Gabriel Rossetti, Edward Burne-Jones et William Morris. Tous collectionnent les œuvres du maître, et en réinterprètent l'esthétique. Leur passion contaminera ensuite les artistes français : Edgar Degas (qui réalise une copie de la Naissance de Vénus), le symboliste Gustave Moreau et enfin Ingres. On retrouve même la grâce botticellienne dans les danses virevoltantes d'Isadora Duncan. Une redécouverte à laquelle l'exposition consacre toute une section articulée autour de la figure féminine de La Ghirlandata de Rossetti, chef-d'oeuvre de sensualité avec sa cascade de cheveux roux.

 

Beau comme un Botticelli

 

L'oeuvre de Botticelli « s’est imposée dans la mémoire visuelle collective », explique Martin Roth, le directeur du Victoria and Albert Museum. Passé dans le langage courant, l'adjectif botticellien définit un type de beauté ; évoque à la fois chevelures d'or, déhanchés gracieux, corps élancés et visages mélancoliques. Qui n'a pas en tête les trois grâces toutes en voiles transparents du  célèbre Printemps, peinture allégorique à la composition savante qui mélange iconographie chrétienne et mythologie ?  C'est ce canon féminin, mais aussi le goût de Botticelli pour la ligne (le dessin) et l'ornementation florale qu'imitent les artistes. Ainsi les robes du soir d'Elsa Schiaparelli (1938), brodées d'un feuillage, ravivent "l'armure" végétale de Pallas et le Centaure autant que le parterre de fleurs du Printemps.

 

Vénus pop

 

Porteuse de cet idéal féminin, la Vénus de Botticelli (beauté cachant son sexe de ses cheveux dans le fameux tableau La Naissance de Vénus) est par conséquent la véritable star de l'exposition. La voilà incarnée par l'actrice Ursula Andress ramassant des coquillages dans James Bond 007 contre Dr No, dupliquée en sérigraphie par Andy Warhol, transformée en madone kitsch sortant des eaux par David LaChapelle, dotée de traits asiatiques par Yin Xin, placardée sur les robes de Dolce et Gabbana, ou encore choisie comme modèle pour les opérations de chirurgie esthétique d'Orlan... Celle à qui l'écrivain Marcel Proust avait emprunté les traits pour son Odette d' A la Recherche du temps perdu, est devenue une icône pop – redoutable concurrente de la Joconde. Un archétype, dont le Victoria and Albert Museum essaie de retracer l'histoire et de percer les secrets de longévité.


Céline Piettre