15 / 03 / 2016

 - Actualité

Le printemps de Bae Bien-U, entre foire et forêts

Le regard résolument tourné vers l'Asie, avec une dizaine d'artistes chinois épinglés à son tableau de bord, la Collection Société Générale vient d'intégrer le travail du Coréen Bae Bien-U. Ses photos de « forêts sacrées » sont visibles au printemps sur la foire ART PARIS, dédiée cette année à la scène coréenne, et sur les murs du très prestigieux Château de Chambord.

BAE BIEN U
Il a beau être l'un des petits nouveaux de la Collection – avec l'œuvre SNM5A-011H (SONAMU), acquise fin 2015 –, le photographe coréen Bae Bien-U n'entame pas pour autant sa première pellicule. Né en 1950 à Séoul, il compte à son actif plusieurs expositions personnelles, dont celle du Musée d'art moderne de Saint-Etienne en 2015. Cet inconditionnel de l'argentique, converti définitivement à la photo dans les années 1970, s'est fait une spécialité du cliché en noir et blanc, du format panoramique et des angles de vue singuliers. Son sujet exclusif : la nature, n'implique pas forcément un traitement naturaliste. Bae Bien-U construit ses images à grand renfort d'effets de brume et de lumière – qu'il aime aurorale ou crépusculaire – et de cadrages serrés ou vertigineux –qui en abstractisent le rendu.  Ses paysages de prédilection – collines volcaniques de l’île de Jeju, bords de mer ou forêt sacrée de Gyeongju – empruntent à la peinture traditionnelle chinoise sa science du vide et des contrastes ; sa spiritualité silencieuse.

Le pin de Bae

« Symbole de l'âme du peuple coréen» selon Bae Bien-U, « lien entre terre et ciel », le pin occupe la très grande majorité de sa production. Il en photographie les troncs ou les cimes à l'occasion de longues promenades, s'attachant à en révéler les dynamiques formelles. A l'image du Chêne de Flagey de Gustave Courbet, l'arbre n'est pas saisi dans son intégralité, comme s'il était trop imposant pour être contenu dans le cadre. Écorces rugueuses et zébrées, branches tordues, feuillages surplombants telles de mystérieuses constellations... Bae Bien-U confère au pin (emblème de longévité en Corée) une puissance quasi divine. Idoles végétales aux profils inquiétants qu'on retrouve à Art Paris Art Fair, du 31 mars au 3 avril 2016, sur le stand de la galerie parisienne Rx. Cinq grands formats de l'artiste, datés de 1995 à 2014, y seront proposés à la vente.

 

Forêt mythique

Invité en résidence au château de Chambord, joyau de la Renaissance, Bae Bien-U y séjourne à plusieurs reprises et à différentes saisons en 2015. Il arpente les bois denses qui bordent le bâtiment (et en caractérisent l'anatomie). Exploration donnant lieu à la conception d'une série de clichés originaux, exposés jusqu'au 12 juin 2016 dans le donjon du château. La forêt française (réserve de chasse de François 1er et plus grand parc d'Europe) s'y découvre comme énergie pure. Fiction virginale d'où l'homme, et la faune, pourtant nombreuse à Chambord, seraient absents. Paradis perdu dont les photos de Bae Bien-U nous rendraient la jouissance.