12 / 09 / 2016

 - Actualité

L'art contemporain fait sa rentrée

Fini la trêve estivale ! A la torpeur du mois d'août se substitue la frénésie automnale. Une rentrée qui démarre doucement du côté de l'art contemporain, mais réserve quelques belles découvertes.

benjamin sabatier

En septembre, rentrée des galeries parisiennes oblige, c'est entre le Marais, Belleville et les quelques enseignes du XIIIème et du XXème siècle, qu'il faudra inévitablement se promener pour voir de l'art contemporain. D'abord les stars attendues avec le médiatique Ai Weiwei, qui expose six œuvres, dont un casse-tête et un arbre monumentaux, chez Max Hetzler ; le Japonais Takashi Murakami en invité d'honneur chez Perrotin, à travers une mini-rétrospective de ses mythologies visuelles peuplées de pandas géants; le (très tendance) photographe Gregory Crewdson et ses cinégéniques scènes d'intérieurs présentées pour la première fois en Europe, chez Daniel Templon ; et, en figure historique, l'inoubliable Jean Tinguely, revenu hanter de ses méta-reliefs la galerie Vallois.

 

Concourant à faire baisser la moyenne d'âge, le duo de sculpteurs Dewar et Gicquel, Prix Duchamp 2012, exposent, chez Loevenbruck leur archéologie de salle de bains. Peut-être futur lauréat d'un autre Prix (Ricard), Julien Crépieux continue de s'adonner à sa passion du collage chez Jérôme Poggi. Parmi les artistes de cette rentrée (en vrac :  Dominique de Beir chez Jean Fournier, Benjamin Sabatier chez Catherine Issert, Reena Spaulings chez Chantal Crousel, Liam Gillick et Sadie Benning chez In Situ, James Rosenquist chez Thaddaeus Ropac, Armand Jalut chez Michel Rein..), il convient de ne pas manquer le solo show de Liz Magor chez Marcelle Alix, doublé par une exposition de ses œuvres récentes au CREDAC, à Ivry. Une occasion de découvrir les sculptures d'objets quotidiens, fictions sociales et sentimentales d'une des artistes canadiennes les plus reconnues à l'international. Et s'il vous prenait l'envie de rire un peu (de l'art), sur fond d'anticonformisme conceptuel, les pastiches du collectif Présence Panchounette vous attendent à la galerie Semiose.

 

Côté institutions, c'est l'art moderne et l'art ancien qui tirent cette automne la couverture à eux (avec Rembrandt, Magritte, Bernard Buffet, Carl André, et les chefs-d'oeuvre de la collection Chtchoukine, entre autres), ne laissant aux propositions plus contemporaines que les lieux qui leurs sont traditionnellement dévolus. A Paris, deux expositions feront, presque à elles seules, la rentrée. Le solo show de Tino Sehgal, carte blanche occupant les 13 000 m2 du Palais de Tokyo avec les interactions sociales (chants, parole, danse) propres à l'artiste britannique  ; et celui du provocateur et retraité de l'art Maurizio Cattelan, qu'on n'attendait plus de si tôt sur des cimaises (à la Monnaie de Paris en l'occurrence) après son parcours d'adieu au Guggenheim de New York en 2011. Un crochet s'impose par le Musée Maillol (enfin rouvert après ses déboires économiques), où Ben (Vautier) s'offre une rétrospective gribouillée à même les murs. Un autre par le Frac Île-de-France/Plateau, avec le dernier film de Mark Geffriaud qui tiendra lieu de parcours. La surprise viendra aussi du LAM, le musée de Villeneuve d'Ascq présentant en primeur en France une monographie du peintre belge Luc Tuymans, dont la pratique picturale copie la photographie. Un peu plus au sud, Lyon naviguera entre les rives de l'artiste et performeur flamand Jan Fabre (exposé au MAC) et celles de l'ex-petit protégé du galeriste Yvon Lambert, Jason Dodge, qui inaugure sa plus importante exposition dans l'Hexagone, à l'IAC. Tandis que la grande Joan Jonas partagera les espaces du CAPC de Bordeaux avec sa cadette, non moins talentueuse, Latoya Ruby Frazier.

 

Le reste des musées et centres d'art cultiveront volontiers le projet thématique, des éblouissements (centre Albert Chanot) aux soulèvements (Jeu de Paume, sous la curation de Georges Didi-Huberman), en passant par les stéréotypes du genre (Mains d'oeuvres) et les territoires (La Maréchalerie de Versailles). Ne pas oublier la coutumière exposition des finalistes du Prix Ricard à la Fondation du même nom, dont on doit cette année le commissariat à une artiste précédemment lauréate : Isabelle Cornaro.

 

A l'étranger enfin, on retiendra de l'intense actualité des capitales le solo show du Français Camille Chaimowicz à la Serpentine de Londres – anti-héros d'un art (et d'une génération d'artistes) qui emprunte autant à la vie qu'à la déco –, la rétrospective (première du genre) de la peintre minimaliste Carmen Herrera, tardivement reconnue, au Whitney Museum de New York, et le parcours entre nature et politique de la Biennale de Sao Paulo et de ses 81 artistes venus de 33 pays, jusqu'au 11 décembre. De quoi prolonger de quelques mois l'été indien.




Céline Piettre