23 / 01 / 2017

 - Actualité

Philippe Cognée brouille les pistes à la galerie Daniel Templon

Le peintre au fer à repasser Philippe Cognée, dont la Collection Société Générale possède une vue de Chicago, expose sa nouvelle série de peintures de foules à la galerie Daniel Templon. Un sujet qui fourmille de questionnements sur le singulier et le collectif, le visible et l’invisible, les territoires du réel et ceux de la peinture.

01. Philippe Cognée, Crowd on the Moon, 2014. Photo : Philippe Cognée. Courtesy Galerie Daniel Templon, Paris et Bruxelles.

Aborder l’œuvre de Philippe Cognée, c’est forcément parler de sa technique, si caractéristique. Une peinture à l’encaustique recouverte d’un film plastique puis lissée au fer à repasser qui revêt la toile d’un aspect brouillé, vibrant et vitrifié. Un style-manifeste, reconnaissable au premier coup d’œil, qui fait le succès du peintre français depuis le début des années 1990 et l’impose aujourd’hui aux cimaises des grands musées.


Avant cela, dans les années 1980, il y a eu une peinture figurative imprégnée des souvenirs d’une enfance passée au Bénin. Et encore avant, des études chaotiques aux beaux-arts de Nantes, la ville natale, le port d’attache. C’est en 1991, alors qu’il est pensionnaire à la Villa Médicis, que le jeune peintre effectue son virage à 180 degrés : exit le passé, le rêve, l’Afrique, Philippe Cognée prend le parti de mettre les pieds dans sa réalité.


Plus qu’une technique, il définit alors un protocole. Tout commence avec une photo, prise par ses soins ou, plus tard, sur Google Earth. Suivent différentes séries de retouches sur Photoshop. L’image, une fois jugée satisfaisante, est projetée sur une toile puis reproduite. Quant aux sujets, ils sont désormais des plus banals : autoroutes, banlieues, abattoirs, supermarchés, usines, foules…


Entre figuration et abstraction, le choix de la peinture


À la galerie Daniel Templon, l’espace de l’impasse Beaubourg, où sont présentées des toiles issues de la série des Tours, sert d’introduction au déploiement des peintures de foules rue Beaubourg. Une Babel qui menace de s’effondrer, des couleurs chaudes, puis des teintes qui se font plus froides, des compositions plus abstraites… Quand soudain, c’est le surgissement d’une mégalopole vue du ciel, et c’est nous qui vacillons. L’illusion d’optique nous guette. 


De l’autre côté de la rue, on retrouve le même point de vue dominant, les mêmes tonalités, la même matière, à la fois omniprésente et tenue à distance par le glaçage du fer. Mais ici, les toiles se montrent d’abord sous leur jour abstrait. Zébrures ? Art aborigène australien ? Il nous faut nous approcher pour discerner des foules plus ou moins denses, des individus qui s’isolent ou se fondent dans la masse. On perd cette fois le sens de la mesure : ces petits personnages ont-ils été saisis grâce à un microscope ou un drone ? Et puis par qui sont-ils surveillés ? Instable et inquiétant, ainsi semble se présenter le monde brossé par Philippe Cognée.  


Il tangue ce monde, pris entre de multiples oppositions : objectivité et subjectivité, figuration et abstraction, rugosité et planéité, humanité grouillante et architecture désertée, singulier et collectif, infiniment grand et infiniment petit, visible et invisible, apparition et disparition…


Ce qui révèle et engloutit, ce qui surnage sous le glaçage, la grande gagnante de ce jeu de piste, c’est la matière. L’artiste le reconnaît volontiers, ses sujets ne sont que des « prétextes à peindre », et il accorde une importance capitale à ce qu’il nomme « l’écriture », à la façon de manier le pinceau, à la surface du tableau. C’est elle, la réponse donnée par la dernière incarnation de l’œuvre de Philippe Cognée. C’est cette peinture, seule capable, selon lui, de traduire les soubresauts contradictoires de la réalité. 



Aurélie Laurière


À voir > à la galerie Daniel Templon, impasse Beaubourg et 30, rue Beaubourg, Paris 3e.

Jusqu’au 4 mars 2017, du lundi au samedi de 10h à 19h (l’espace de l’impasse Beaubourg est fermé le lundi). 



Illustration :

Philippe Cognée, Crowd on the Moon, 2014. Photo : Philippe Cognée. Courtesy Galerie Daniel Templon, Paris et Bruxelles.