17 / 02 / 2017

 - Actualité

Les unes avec les autres : neuf femmes artistes rendent hommage à Shirley Jaffe

Jusqu’au 25 mars prochain, la Galerie du 5e à Marseille réunit neuf femmes peintres âgées de 33 à 87 ans autour de Shirley Jaffe, figure tutélaire de l’abstraction géométrique et artiste de la Collection disparue en septembre dernier. De l’art du collectif au féminin.

Marie-Claude Bugeaud, L'Origine, 2005

De la grande Shirley Jaffe, les artistes exposées à la Galerie du 5e des Galeries Lafayette de Marseille semblent avoir hérité quelques traits formels : le goût de l’abstraction, celle qui réduit le réel à son plus simple appareil, l’obsession de la couleur, celle qui masque une grande complexité derrière une apparence séduisante, et un sens aigu du rythme dans la composition.


Mais avec l’Américaine née en 1923 et installée à Paris en 1949, elles partagent surtout une attitude, un esprit d’équipe, une manière de penser leur pratique picturale au sein d’une conversation ouverte et sans cesse réalimentée. De Betty Woodman à Julia Scalbert en passant par Marie-Claude Bugeaud, c’est cette propension au dialogue entre femmes peintres contemporaines que l’accrochage marseillais entend célébrer. Filiation ténue, solidarité silencieuse ou concrète, il peut s’entendre comme un moyen de lutter contre la double marginalisation dont on peut faire l’objet quand on est artiste et femme.


Si les neuf artistes exposées, comme le souligne le commissaire Romain Mathieu, « ne constituent pas un groupe, encore moins une esthétique », leurs œuvres ainsi que leurs démarches s’interpellent et se répondent ainsi discrètement ou plus bruyamment d’une cimaise à l’autre. 




Rebonds et chevauchements


Aux pièces tridimensionnelles combinant peinture et céramique de la doyenne Betty Woodman, font écho le jeu sur les matières et les supports, la tendance à peindre là où il ne faut pas, sensibles dans les bois creusés de Nathalie Da Silva ou les soies colorées associées à des sculptures de papier calque immaculées de Marie Ducaté.


Cette lutte entre les blancs et les couleurs – très présente chez Shirley Jaffe – est également centrale chez Yifat Gat dont les toiles au « minimalisme désordonné » font coexister paisibles aplats et ponctuations vigoureuses. Une tension que l’on retrouve dans les œuvres de son aînée Marie-Claude Bugeaud chez qui « ces formes minimalistes, en opposition avec la transparence du fond, sont peintes comme pour casser la séduction de la couleur. » Ou bien dans celles de Claire Colin-Collin qui, au gré des ratures et des superpositions de teintes, fige une peinture en train de se faire, défaire et refaire. Un geste pareillement à l’œuvre sous l’apparente planéité des délicates toiles de la benjamine Julia Scalbert, faites d’une multitude de fines couches desquelles émergent de mystérieux objets sans nom ni fonction. Tout aussi mystérieux sont les paysages imaginaires suspendus entre figuration et abstraction d’Armelle de Sainte Marie dont le balancement renvoie quant à lui à la poétique série de Marie Zawieja intitulée « À quoi tient la beauté des montagnes ». L’artiste s’y livre à un inventaire des formes – architecturales, naturelles ou idéales – de la montagne dont elle extrait un vocabulaire pictural.


Un vocabulaire, un langage pictural, l’amour d’un médium et un positionnement à son égard à la fois formel, historique et éthique, voilà ce que partagent les neuf artistes réunies à la Galerie du 5e et qui rend possible leur dialogue les unes avec les autres.




Aurélie Laurière



À voir > à la Galerie du 5e, Galeries Lafayette Saint-Ferréol, 40, rue Saint-Ferréol, Marseille 1er.

Jusqu’au 25 mars 2017, du lundi au samedi de 10h à 20h.

 

 

Visuels :

Marie-Claude Bugeaud, L’Origine, 2005.


Vue de l’exposition Les unes avec les autres… À Shirley Jaffe, Galerie du 5e, Galeries Lafayette Marseille Saint-Ferréol © François Moura.