27 / 04 / 2017

 - Actualité

Parcours : nouvelles Afriques à La Villette

Tout au long du printemps, un vent africain souffle sur différents lieux culturels parisiens. Parmi ceux-ci, La Villette présente une soixantaine d’artistes contemporains liés au continent, tous âges et médiums confondus. Parcours.

Victoria Island, Lagos, 2008 © Akinbode Akinbiyi.

Afriques Capitales. Le pluriel n’a rien d’une fantaisie. Des poids lourds, des nouveaux venus, des peintures, des photos, des vidéos, des installations, des créations sonores... C’est la scène artistique contemporaine africaine dans toute sa diversité que le commissaire, Simon Njami, entend présenter. Simon Njami ? L’homme auquel on doit, entre autres, la Revue Noire, l’expo Africa Remix au Centre Pompidou en 2005, ou la dernière édition de la Biennale de Dakar. Bref, un homme qui maîtrise son sujet.

Un homme qui maîtrise son sujet mais préfère s’effacer derrière les œuvres et les artistes « dont le travail parlera par lui-même pour dire l’histoire qui est la leur et qui, de fait, nous concerne tous ». Le fil choisi, tendu par la scénographie, sera celui de la ville. Une ville hétérogène, imaginaire et labyrinthique dans laquelle il fait bon se perdre pour trouver de nouveaux chemins vers l’altérité.


Entrées  

Wax, imprimés 70’s et cagettes de plastique rouge : tout commence avec un sas de décompression, un Salon imaginé par l’artiste marocain installé à Londres Hassan Hajjaj. Puis, les couleurs pop se taisent dans l’obscurité tandis que la musique laisse place à la rumeur urbaine. Nous voici au cœur de la Grande halle. Au-dessus de nous, de drôles de maisons paraissent sur le point de piquer du nez. Ce sont les Falling Houses du célèbre plasticien camerounais Pascale Marthine Tayou, des habitations faites d’images hétéroclites et inspirées d’un roman, Le Monde s’effondre de Chinua Achebe.


Ruelles

À droite comme à gauche, deux ruelles photographiques. D’un côté, le Sud-Africain Guy Tillim fragmente la ville en couleurs et en diptyques réalistes frontaux. De l’autre, le Nigérian Akinbode Akinbiyi la découpe en noir et blanc et en formats carrés musclés. Jeux de cartes et de miroirs, de l’amour sans hasard : quelques pas de plus et on cède au selfie avec la séduisante installation Négociations sentimentales du Malgache Joël Andrianomearisoa.


Pavillons

Étrange métropole que celle d’Afriques Capitales au sein de laquelle on peut pénétrer dans les habitations sans effraction ! Au choix : le white cube peuplé d’objets incongrus et de textes elliptiques du démiurge congolais Pume Bylex ; la maisonnette de biscottes suédoises et de spaghettis crus du jeune Ghanéen Poku Cheremeh ; le bureau-bibliothèque hanté d’ouvrages de philo française, de littérature africaine et de dictionnaires anglais de l’inclassable Franco-Américain Jean Lamore. Trois antichambres de la création.


Monuments

Au centre de la cité, il est des installations que l’on ne peut manquer et dont on ose à peine s’approcher telles que le Minaret de bois et de cristal rétroéclairé de l’Égyptien Moataz Nasr, choisi pour représenter son pays à la prochaine Biennale de Venise, ou le monumental Labyrinth de son compatriote Youssef Limoud exposé pour la première fois en France. Un troublant temple entre ordre et chaos, architecture et ruines, rugosité et fragilité.


Périphériques

De part et d’autre, des installations vidéo tant politiques que poétiques semblent se répondre. À l’est, un diaporama de photos prises par le Sénégalais Antoine Tempé dans l’ancien Palais de Justice de Dakar avant qu’il ne soit réhabilité, évoque la destruction et l’oubli tout en distillant une effrayante beauté. À l’ouest, Lazy Nigel du Sud-Africain Simon Gush alterne textes et images en noir et blanc d’usines désertées, posant inlassablement la question de la place du travail dans notre vie.


Gratte-ciel 

À l’étage, les Don Quichotte de papier de Lavar Munroe, la foule miniature d’Abdulrazaq Awofeso et la cinégénique installation vidéo du célèbre artiste sud-africain William Kentridge trouvent à s’épanouir sous le nuage encerclé de fil barbelé de Nabil Boutros. Il serait cependant dommage de manquer la délicate et sinueuse installation cousue d’étoffe blanche du Franco-Camerounais Maurice Pefura. Un peu à l’écart, un ultime labyrinthe dans le labyrinthe.




Aurélie Laurière



À voir > à la Grande halle de La Villette, 211, avenue Jean-Jaurès, Paris 19e.

Jusqu’au 28 mai 2017, du mercredi au dimanche de 12h à 20h.

 

À noter > l’exposition bénéficie d’une extension photographique en plein air dans le cadre du Mois de la Photo du Grand Paris et d’une correspondance lilloise à la Gare Saint Sauveur, jusqu’au 3 septembre 2017. 


Illustration : Victoria Island, Lagos, 2008 © Akinbode Akinbiyi