09 / 05 / 2017

 - Actualité

Salon de Montrouge : quoi de neuf dans l’art contemporain ?

Jusqu’au 24 mai prochain, le Salon de Montrouge présente cinquante-trois artistes au fil d’un parcours narratif et initiatique. L’occasion de faire un point sur l’incontournable manifestation dédiée à la jeune création. Et surtout d’y faire un tour.
Implanté dans le paysage francilien comme dans celui de l’art contemporain depuis 1955, le Salon de Montrouge s’est imposé, édition après édition, comme l’événement de référence pour la création émergente. Le principe ? Un comité de professionnels sélectionne de jeunes artistes, invités à présenter leurs projets au Beffroi de Montrouge. Lesdits projets sont soumis aux regards d’un jury qui décerne différents prix lors de l’inauguration du salon.
Nombre de figures majeures de l’art contemporain d’aujourd’hui y ont été révélées hier. Et parmi celles-ci, beaucoup de noms sont associés à la Collection. On peut citer, sans pouvoir prétendre à l’exhaustivité, Olivier Debré, Zao Wou-Ki, Pierre Alechinsky, Claude Viallat, Bernard Pagès, Bernar Venet, Georges Rousse, Felice Varini, Jean-Michel Alberola, Philippe Cognée, Valérie Favre, Philippe Ramette, Pascal Pinaud ou Mélanie Vincent.

Marianne Mispelaëre, Mesurer les actes, action performative n° 05, 2015, 416 min, galerie du Théâtre de Privas © Nicolas Lelièvre

Édition narrative


Surtout, ceux qui feront l’art contemporain de demain s’y trouvent, à coup sûr, aujourd’hui exposés. Soit cinquante-trois artistes venus de France, de Belgique, d’Espagne et du Royaume-Uni, mais aussi du Brésil, du Togo, de Colombie, du Maroc, de Russie, de Corée du Sud et de Chine. De jeunes artistes – moyenne d’âge : 30 ans – dont les photographies, sculptures, dessins, vidéos et installations dialoguent au sein d’une véritable expo collective.


Une démarche curatoriale que l’on doit à la double direction artistique signée Ami Barak, ancien directeur de grandes institutions passé maître dans l’art du défrichage, et Marie Gautier, sa complice depuis 2011. Initiée l’an passé, celle-ci se voit cette année renforcée. Au programme : quatre sections que l’on nomme des chapitres, et que l’on peut choisir de lire dans l’ordre ou dans lesquels il est agréable de piocher en se laissant aller.


Lecture initiatique


Dans le chapitre « Élevage de poussière », référence à la photo de Man Ray du Grand Verre de Marcel Duchamp, l’ordinaire s’élève au gré des manipulations d’artistes-alchimistes. Des œuvres s’effritent à vue d’œil (les toiles-murs de Manoela Medeiros), tandis que d’autres croissent imperceptiblement (la forêt de cristaux de sel de Capucine Vandebrouck). Pendant ce temps, Jeanne Briand connecte l’organique au technologique en dotant des sculptures en verre soufflé de ports USB. Constance Sorel détricote quant à elle de drôles d’histoires constituées de ciels au format JPEG et de rideaux commandés sur Internet.


Viennent ensuite des « Récits muets » qui tentent de se tisser en négociant avec la réalité. On lit avidement le journal intime de Julie Le Toquin avant de passer du personnel au politique via le geste et sa répétition grâce à Marianne Mispelaëre, Grand Prix du Salon-Palais de Tokyo. Ici, les récits s’écrivent à coups de Post-it (Mathilde Chénin, Laurence Cathala), ils s’écoutent dans une salle d’attente (Célia Gondol) ou se contemplent dans un jardin (Florian Mermin). Ils se construisent entre images fixes et animées (Andrés Baron), peinture et photographie (Guillaume Valenti).


L’heure est alors au renversement et à la « Fiction des possibles », chapitre dense et marqué par deux temps forts. D’un côté, les vidéos – très différentes mais tout aussi émouvantes –, de Laura Huertas Millán, Prix du Conseil départemental des Hauts-de-Seine, centrées sur la question de l’émancipation des femmes. De l’autre, l’installation aussi amusante que terrifiante de Louise Siffert baptisée « Centre des organisations positives », bulle pop où le développement personnel semble pousser à toujours plus de productivité.


Le périple s’achève dans un innovant « Laboratoire des formes ». Château de béton, panneaux de signalisation vert tendre, déchets promus au rang d’élixirs d’armoire à pharmacie : chez Nicolas Ballériaud, matériaux bruts et humour tranchant sont enrobés de poésie. Une poésie du quotidien, sensible dans les totems manufacturés de Lena Brudieux ou les factures impayées de Pierre Akrich, mais absorbée dans la sensualité des architectures de matières malmenées de Cat Fenwick.


Quatre sections que l’on nomme des chapitres et qui racontent bel et bien une histoire, celle des préoccupations qui travaillent la jeune garde. À moins qu’il ne s’agisse de celle, transgénérationnelle, du processus créatif. Passionnant.




Aurélie Laurière

 

À voir > au Beffroi de Montrouge, 2, place Émile Cresp, Montrouge (92).

Jusqu’au 24 mai 2017, tous les jours de 12h à 19h. Entrée libre.


 

À noter > l’exposition bénéficie d’une extension photographique à l’entrée et aux alentours du Beffroi dans le cadre du Mois de la Photo du Grand Paris.  



Photo : Marianne Mispelaëre, Mesurer les actes, action performative n° 05, 2015, 416 min, galerie du Théâtre de Privas © Nicolas Lelièvre.