27 / 06 / 2017

 - Actualité

Les Géométries amoureuses de Jean-Michel Othoniel entre Sète et Montpellier

Cet été, le maître du verre Jean-Michel Othoniel nous offre une plongée inédite dans son œuvre sous la forme d’une comédie amoureuse en deux actes. Le premier se joue au Centre régional d’art contemporain (CRAC) de Sète ; le second au Carré Sainte-Anne de Montpellier.
Deux lieux, deux expos, plus de deux cents œuvres représentatives des multiples facettes du travail de Jean-Michel Othoniel, et un seul titre : Géométries amoureuses. Ce titre qui sonne bien, c’est d’abord celui d’une pièce que l’artiste avait exposée au Louvre en 2004. C’est surtout un oxymore qui renvoie aux contradictions qui sous-tendent l’ensemble de sa production : sensualité et rigueur, caché et révélé, monumental et fragile, minimal et baroque… Deux lieux, deux expos et deux mouvements complémentaires, à faire dans le sens que l’on préfère et à répéter autant de fois que l’on veut.

Jean-Michel Othoniel, La Géométrie Amoureuse, 2004. Collection de l'artiste. Photo : Othoniel Studio © 2017 Othoniel / ADAGP, Paris

Nouvelle vague  


Au rez-de-chaussée du CRAC de Sète, l’expo s’ouvre sur une vague de six mètres de haut et quinze de long, qui a nécessité plus de dix mille briques de verre noir et deux années de travail. Une « folie radicale » créée spécialement pour le bâtiment industriel dont elle emplit le volume, et dédiée à la ville qui l’abrite, où fut prise pour la première fois en 1857, par Gustave Le Gray, une photographie qui lui donne son nom : La Grande Vague.




Cette bouffée de désir inaugurale répand son énergie monochrome dans les salles suivantes où se succèdent des œuvres jamais montrées : de mystérieuses météorites en obsidienne ainsi que des peintures et sculptures en perles de verre – marque de fabrique de l’artiste –, intitulées Black Lotus. Viennent enfin d’impressionnantes tornades d’acier dont la violence se trouve apaisée par un délicat nœud aux teintes allant du pourpre à l’indigo, The Wild Pansy, unique touche de couleur du parcours.

À l’étage, une centaine de dessins réalisés entre 1996 et 2017 forment un carnet de route au gré duquel on remonte le fil de la pensée de Jean-Michel Othoniel. On y découvre d’étonnants projets restés embryonnaires, et la genèse de réalisations emblématiques telles que Le Kiosque des Noctambules pour la station de métro Palais Royal – musée du Louvre ou Les Belles Danses pour le château de Versailles.


Repli rétrospectif


Le mouvement vers l’intime esquissé au premier étage du CRAC de Sète prend de l’ampleur au Carré Sainte-Anne de Montpellier, ancienne église devenue centre d’art, où Jean-Michel Othoniel met en scène des œuvres issues de sa collection personnelle. « Tel un jardin clos, un monde onirique, une carte personnelle du tendre, l’installation fait rayonner pudiquement les œuvres comme de précieux talismans sacrés. J’ai gardé au sein de la collection personnelle de mes propres œuvres toutes ces pièces clefs afin de pouvoir y revenir et m’y ressourcer », explique-t-il.


Si le désir qui poussait à s’extraire de soi laisse place au repli introspectif, ce dernier n’en est pas moins accompagné d’un jaillissement de couleurs tranchant avec la sobriété précédente. Autour du Contrepet, sculpture charnelle et point de départ de la passion d’Othoniel pour le verre, se déploient une cinquantaine de pièces retraçant les moments décisifs de sa relation au matériau. Le Collier Cicatrice en verre rouge de Murano, les fruits défendus du jardin de Peggy Guggenheim à Venise, les Bannières de son exposition à la Fondation Cartier ou la fameuse Géométrie amoureuse du Louvre flottent ainsi au-dessus d’une mer de briques bleues, dans un dialogue chatoyant avec les vitraux environnants.




Aurélie Laurière


À voir > au Centre régional d’art contemporain (CRAC), 26, quai Aspirant Herber, Sète.
Jusqu’au 24 septembre 2017, tous les jours de 12h30 à 19h, samedi et dimanche de 15h à 20h, fermé le mardi.


À voir > au Carré Sainte-Anne, 2, rue Philippy, Montpellier.
Jusqu’au 24 septembre 2017, du mardi au dimanche de 11h à 13h et de 14h à 19h.  



Image : Jean-Michel Othoniel, La Géométrie Amoureuse, 2004. Collection de l’artiste. Photo : Othoniel Studio © 2017 Othoniel / ADAGP, Paris.