11 / 07 / 2017

 - Actualité

Les Rencontres d’Arles à la conquête de nouveaux espaces

Quarante expos, deux cent cinquante artistes, vingt-cinq lieux – dont deux nouveaux – et des ramifications à Marseille, Avignon, Nîmes et Toulon : les incontournables Rencontres de la photographie ne cessent d’étendre leur territoire physique et artistique. Embarquement immédiat pour une 48e édition plus voyageuse que jamais.

Mathieu Pernot, Famille Gorgan, Arles, 1995.

Scènes lointaines

En cette Année France-Colombie, la chapelle Saint-Martin-du-Méjan accueille vingt-huit artistes colombiens de différentes générations qui nous parlent de la mémoire, des conflits et mutations de leur pays. Entre la doyenne Beatriz González (née en 1938) et le benjamin Andrés Felipe Orjuela (né en 1985), quelques noms familiers tels qu’Oscar Muñoz ou Juan Fernando Herrán, à qui est emprunté le titre de l’expo : La Vuelta. Un terme qui, de l’espagnol à l’argot colombien, désigne aussi bien le retour, le renouveau, une activité illégale ou une course à étapes faisant le tour d’un pays !

Pendant ce temps, à l’église Sainte-Anne, ce ne sont pas moins de soixante-deux photographes iraniens qui remettent à zéro les compteurs de leur histoire à partir de 1979, soit de l’arrivée au pouvoir de l’ayatollah Khomeiny. L’accrochage Iran, année 38 montre un pays empêtré dans la révolution et la guerre mais ponctué de rapides transformations, un pays jeune malgré ses traditions séculaires, et, surtout, une terre particulièrement fertile pour la photographie.


Souvenirs d’explorations

New York, années 1960. Pour marcher dans les pas du maître américain de la couleur Joel Meyerowitz, direction la salle Henri-Comte où – fait inédit en France –, sont exposées une quarantaine de ses premières photographies sous forme de tirages d’époque. Accrochez-vous : Meyerowitz se paie des bains de foule et s’infiltre partout, il joue des déséquilibres et du décadrage pour capter tous les mouvements de la frénétique city.

Changement de rythme à l’église des Trinitaires où Marie Bovo nous embarque, avec la série Стансы/Stances, dans de longs périples en train à travers l’Europe orientale et la Russie. Wagon après wagon, la photographe place sa chambre dans des sas d’entrée qu’elle transforme en appareils photo géants. À chaque arrêt, les portes s’ouvrent sur un décor inconnu et se referment sur une pellicule imprimée. Clic clac. À l’arrivée, restent d’immobiles formats verticaux aux paysages enchâssés qui nous font de l’œil.

Dans le cadre du Grand Arles Express, on peut poursuivre ce voyage dans le travail récent de Marie Bovo au FRAC PACA, à Marseille, où est présentée une mystérieuse ode vidéo à la cité phocéenne : La Voie lactée.


Altérités voisines

Devant l’objectif, des rebelles suisses ou, plus précisément, des Halbstarke, soit des loubards zurichois des années 1960-1970. Des jeunes, des exclus, qui arborent fièrement leurs signes extérieurs de révolte : chaînes, tatouages, blousons noirs et cheveux crêpés. Derrière l’objectif, un autre rebelle : Karlheinz Weinberger (1921-2006), ouvrier chez Siemens le jour, photographe-ethnologue la nuit. C’est la rencontre gorgée de liberté que propose le Magasin électrique.

À la Maison des peintres, Mathieu Pernot met un point final au travail qu’il avait entrepris sur les Gorgan, une famille rom installée en France depuis plus d’un siècle, alors qu’il était encore étudiant à l’École nationale supérieure de la photographie d’Arles. Depuis les premiers portraits posés en noir et blanc des années 1990 jusqu’à ceux, saisis dans l’âpreté du quotidien, de ces dernières années, des destins individuels se détachent tandis que l’artiste se rapproche. « Une expérience qui dépasse celle de la photographie », assure-t-il.

Dans le cadre du Grand Arles Express, un aperçu du travail de Mathieu Pernot réalisé sur les communautés tsiganes depuis une vingtaine d'années est présenté à l’Hôtel des Arts de Toulon.

 

Aurélie Laurière

 

À voir > aux quatre coins d’Arles. Du 3 juillet au 24 septembre 2017 (certains lieux du centre-ville ferment le 27 août au soir). Tous les jours de 10h à 19h30.


Photo : Mathieu Pernot, Famille Gorgan, Arles, 1995. Avec l’aimable autorisation de la galerie Éric Dupont © Rencontres Arles


Retrouvez l’intégralité du programme sur : www.rencontres-arles.com