06 / 09 / 2017

 - Actualité

Les apparitions parisiennes de Liu Bolin

En cette rentrée 2017, le célèbre homme invisible Liu Bolin – dont la Collection Société Générale possède deux tirages – apparaît simultanément dans deux expositions parisiennes. Tandis que la Maison européenne de la photographie (MEP) organise une rétrospective du sculpteur-performeur-photographe, la galerie Paris-Beijing présente une sélection de ses travaux récents. Cherchez le garçon.

Liu Bolin, Hiding in the City 104, Mobile Phone, 2012 © Liu Bolin, courtesy of the artist / Galerie Paris-Beijing.

Retour aux sources   

Un bâtiment en ruines, des briques, de la tôle ondulée et, en surimpression, une silhouette d’homme, dressée, de face. Le cliché s’intitule Hiding in the City 02, Suojia Village, et date de 2005. Il marque le début de l’expo que la MEP consacre à l’artiste chinois Liu Bolin, mais surtout celui de sa série éponyme et de sa notoriété soudaine. En 2005, Liu Bolin est encore un jeune sculpteur à peine sorti des Beaux-Arts qui occupe un atelier dans le quartier d’artistes de Suojia à Pékin. Un jour de novembre, il retrouve ses voisins expulsés, et ledit atelier détruit par le gouvernement en pleine préparation des Jeux olympiques. Pour manifester son désarroi, il se fait photographier immobile et recouvert de peinture, intégré aux décombres de son espace de création. C’est l’irruption de la photographie dans sa pratique, et du succès dans sa carrière artistique. 




Behind the scenes

Depuis lors, Liu Bolin file sa série Hiding in the City, tissée au croisement de la photographie, du body art, de l’art optique et de la sculpture vivante, aux quatre coins du monde. Le modus operandi est toujours le même : immobile, les yeux fermés, les bras le long du corps, vêtu d’une tenue militaire des années Mao, il se place devant un mur, un monument ou un paysage, et se laisse grimer de la tête aux pieds par ses assistants. Il tient ainsi la pose des heures durant – parfois dix ! – jusqu’à se fondre dans le décor… et se faire tirer le portrait. À la MEP, un costume original et une vidéo révèlent les dimensions artisanale et performative à l’œuvre derrière chacun de ses clichés. Vous l’aurez compris, l’artiste n’a recours à aucune manipulation numérique, et la photographie ne représente qu’une infime partie de la série Hiding in the City.



Images à messages  

Sous le vernis pop de celle-ci, se cache aussi une forte charge symbolique. À la fois visible et invisible, le corps en guise d’étendard, Liu Bolin traite de la censure, des traditions, de la société de consommation – ainsi que la MEP en donne un aperçu – ou de l’environnement – comme le montre la galerie Paris-Beijing. Happé par un drapeau, il nous dit que l’individu se perd dans le collectif, enseveli parmi des téléphones portables, il dénonce la surconsommation, immergé dans le fleuve Jaune de son enfance, il s’élève contre la pollution... Depuis les premières images prises devant son atelier jusqu’à celles, réalisées sur la côte Atlantique française cet été pour attirer notre attention sur le problème des déchets aquatiques, Liu Bolin se cache pour se faire remarquer, se tait pour se faire entendre. Et ça marche.




Aurélie Laurière


À voir > à la MEP, 5/7 rue de Fourcy, Paris 4e.
Jusqu’au 29 octobre 2017, du mercredi au dimanche de 11h à 20h.

À voir > à la galerie Paris-Beijing, 62, rue de Turbigo, Paris 3e.
Jusqu’au 28 octobre 2017, du mardi au samedi de 11h à 19h.


Visuels de haut en bas

© Liu Bolin, Hiding in the City 104, Mobile Phone, 2012 © Liu Bolin, courtesy of the artist / Galerie Paris-Beijing. 

© Liu Bolin, Hiding in the City 02, Suojia Village, 2005 © Liu Bolin, courtesy of the artist / Galerie Paris-Beijing.