27 / 11 / 2017

 - Actualité

Dans le semainier de Camille Henrot au Palais de Tokyo

Après Philippe Parreno en 2013 et Tino Sehgal en 2016, c’est au tour de Camille Henrot – coqueluche française de l’art contemporain international – de prendre possession de l’intégralité des espaces du Palais de Tokyo pour une carte blanche automnale. Le résultat s’intitule Days are dogs et se présente sous la forme d’un semainier géant.

Carte blanche camille henrot

« Quand “cela va de soi”, c’est alors qu’il faut aller voir – et on s’aperçoit alors que le “cela va de soi” est fait de beaucoup de questions qui sont sans réponses », disait Roland Barthes. Camille Henrot connaît ses classiques. Pour sa carte blanche au Palais de Tokyo, elle explore un élément aussi banal qu’arbitraire de notre vie quotidienne : la semaine et ses jours. En sept étapes habitées d’œuvres iconiques, récentes ou inédites, et de productions d’artistes invités, elle tisse un récit sur la dépendance et la liberté, qui fait jaillir de nombreuses questions auxquelles il nous revient de trouver des réponses. 


Samedi se permet tout  

Une, deux, trois… sept peintures de l’Américaine Avery Singer nous accueillent lorsque samedi nous attrape au vol et en 3D. On voit alors se succéder scènes de rituels, de surf et de chirurgie esthétique. Il s’agit de Saturday, le dernier film de Camille Henrot centré sur l’Église adventiste du septième jour. À la fois début et fin, samedi apparaît ici comme le jour où tous les espoirs sont permis.


Dimanche joue les prolongations

Grasse matinée, ménage, lecture : dimanche est présenté comme un jour hors de la société. Après une première salle qui revisite l’art japonais de l’ikebana, un deuxième espace, saturé de bleu et d’objets hétéroclites, joue les prolongations. Vue en 2014 à Bétonsalon, l’installation The Pale Fox recrée l’expérience d’une nuit sans sommeil, celle d’une remise en cause fondamentale sous la poussée du monde intérieur.


Lundi veut rester au lit

Étiré et cotonneux, lundi associe une fresque fantasmatique à un ensemble de bronzes lascifs avant de se dissoudre dans le whisky. En s’inspirant d’artistes et d’écrivains qui travaillaient au lit, tels Joyce, Matisse et Proust, Camille Henrot imagine un lundi aux allures d’atelier d’artiste lunatique, qui hésite entre oisiveté et productivité.


Mardi s’en va-t-en guerre

La lumière est crue, et pour traverser les tapis de jiu-jitsu couvrant le sol, il nous faut retirer nos chaussures. Pas de doute : sous le règne de Mars, dieu de la guerre, mardi cherche à nous soumettre. Au centre de la salle, la sculpture Tug of War évoque autant la douleur de se faire tresser les cheveux que le plaisir d’être l’objet d’un tel soin, soit un élément fondamental des rapports de pouvoir : le masochisme.


Mercredi multiplie les messages

Nous voici maintenant en train de zigzaguer entre les pétitions et les promotions de l’installation Office of Unreplied Emails figurant nos messageries saturées d’informations non-hiérarchisées. De drôles de téléphones nous mettent ensuite en relation avec des hotlines qui se révèlent aussi défaillantes que la figure paternelle de la série d’aquarelles Bad Dad. Mercredi, jour du bruit, nous fait frôler le burn-out.


Jeudi lutte contre la fatigue

Jeudi commence par s’élever, à travers l’œuvre Cities of Ys, contre la puissance patriarcale incarnée par le dieu qui lui donne son nom, Jupiter. Pendant ce temps, Small Change, un chemin de menue monnaie, crisse sous nos pieds. Il nous mène jusqu’au film Grosse Fatigue, couronné d’un Lion d’argent à la Biennale de Venise de 2013, résumé frénétique de l’histoire de la création de l’univers.


Vendredi est amoureux

Avec sa lumière tamisée, vendredi assume sa filiation avec Vénus, déesse de l’amour et du désir. Après avoir égrené fleurs séchées et bijoux jetés aux orties, le dernier jour de la semaine se clôt sur Deep Inside, premier film de l’artiste et superposition d’émotions mélancoliques et d’images pornographiques, qui attire l’attention de Kamel Mennour en 2005. Quand on finit par le début, tout peut alors recommencer, non ?



Aurélie Laurière


À voir > au Palais de Tokyo, 13 avenue du Président Wilson, Paris 16e.
Jusqu’au 7 janvier 2018, tous les jours sauf le mardi, de midi à minuit.