09 / 05 / 2018

 - Actualité

Hommage à Geneviève Claisse, irréductible abstraite

Geneviève Claisse, figure majeure de l’abstraction géométrique, dont la Collection Société Générale possède une œuvre, est décédée le 30 avril dernier. Retour sur le parcours d’une grande cohérence de cette artiste aussi libre que déterminée.

Genevieve Claisse

Sa toile aux couleurs vives intitulée Cercles, peinte en 1968, avait fait son entrée dans la Collection en 2016 en même temps que les œuvres de Richard Long, Ulla von Brandenburg ou Nicolas Sanhes. L’artiste peintre Geneviève Claisse est décédée brutalement lundi 30 avril dernier à Dreux en Eure-et-Loir. Âgée de 82 ans, elle était toujours active et préparait plusieurs expositions.


« J’ai trouvé dans l’abstraction le moyen naturel d’exprimer le monde »


Née en 1935 à Quiévy, dans le nord de la France, Geneviève Claisse se passionne pour les arts plastiques dès l’école primaire. Adolescente, elle découvre l’abstraction géométrique dans des revues telles qu’Art d’aujourd’hui où elle s’imprègne des textes de Vassily Kandinsky ou d’Auguste Herbin, un parent éloigné dont elle ne fera la connaissance qu’à 18 ans. Ce dernier reconnaît alors en elle son héritière « désignée par le destin et l’hérédité », et peu de temps après, la jeune fille s’installe à Paris pour devenir son assistante. Spontanément, instinctivement même, Geneviève Claisse développe un langage fait de formes élémentaires et de couleurs vibrantes libéré de toute contrainte figurative. Indifférente aux modes et aux chapelles, elle le conservera sa vie durant. « J’ai trouvé dans l’abstraction le moyen naturel d’exprimer le monde », disait-elle.


Construit d’un bout à l’autre selon les mêmes principes, son parcours n’en est pas moins marqué par différentes périodes. De part et d’autre des années 1960 se trouvent deux séries : celle des triangles, invariablement noir et blanc, et celle des cercles colorés – à laquelle appartient la toile de la Collection. Superposés, juxtaposés, ceux-ci créent un effet de mouvement et de profondeur renforcé par l’association, toujours subtile, de teintes soutenues. À ces deux ensembles succède, dans les années 1970, un travail sur le carré et le trapèze puis sur la ligne. Dans les années 1980, le parallélogramme permet à l’artiste de jouer de l’opposition entre transparence et opacité tandis que les années 2000 signent le retour du carré escorté de diverses lignes. Le tout forme une œuvre d’une grande cohérence sous-tendue par la notion d’équilibre : l’équilibre apparent entre les formes et les couleurs, bien sûr, mais aussi l’équilibre sous-jacent entre rigueur et liberté, discipline et spontanéité dont le premier semble découler.


« Écolière, j’étais déjà abstraite ».


Exposée dès 1961 chez Denise René, l’une des rares galeristes de l’époque à défendre l’art abstrait à Paris, Geneviève Claisse jouit rapidement d’une reconnaissance internationale. Elle se voit consacrer des expositions personnelles au musée des beaux-arts de La Chaux-de-Fonds en 1967, au musée d’art contemporain de Caracas en 1980 ou au musée Matisse du Cateau-Cambrésis, situé dans sa région natale, en 1982, 1989 et 2015. La dernière d’entre elles, une conséquente rétrospective, avait pour sous-titre « Écolière, j’étais déjà abstraite ».



Aurélie Laurière