11 / 07 / 2018

 - Actualité

Rencontres d’Arles 2018 : top 5

Du 2 au 8 juillet derniers, nous avons affronté la chaleur rhodanienne et nous sommes mêlé aux quelque 18 500 festivaliers venus découvrir, durant la semaine d’ouverture, la trentaine d’expositions proposées par la 49e édition des Rencontres d’Arles. Nous en avons rapporté un top 5 entre grands noms et découvertes, relectures du passé et regards vers l’avenir.

Robert Frank, New York City, 1950. Avec l'aimable autorisation de l'artiste et de la Collection Fotostiftung Schweiz.

1. Robert Frank, Sidelines (Espace Van Gogh)

C’est incontestablement l’exposition à ne pas manquer. L’immense Robert Frank (né en 1924 à Zurich), qui publiait voilà soixante ans Les Américains aux éditions Delpire, présente ce que l’on pourrait appeler le making of de son grand œuvre. La première partie du parcours rassemble ainsi des clichés de jeunesse pris avant 1958, surtout en Europe, tandis que la seconde confronte les images américaines les plus célèbres à d’autres, restées inédites. L’ensemble rejoue la constitution du style d’un artiste ainsi qu’une étape majeure de l’histoire de la photo.


2. Paul Graham, La Blancheur de la baleine (église des Frères-Prêcheurs)

L’alternance des vues voilées et tranchantes d’American Night, les belles et banales séquences de A shimmer of possibility, la vibrante street photography de The Present : si ces séries réalisées par le Britannique Paul Graham aux États-Unis entre 1998 et 2011 ne sont pas une découverte, leur mise en réseau au sein de l’espace traversé de rais de lumière de l’église des Frères-Prêcheurs offre une expérience saisissante. Une immersion au cœur de l’Amérique de tous les jours – de ses inégalités sociales et raciales – engageant l’œil et tout le corps.





3. Matthieu Gafsou, H+ (Maison des peintres)

« Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le transhumanisme sans jamais oser le demander » : tel aurait pu être le titre de l’exposition du Suisse Matthieu Gafsou qui se penche sur ce mouvement aussi attirant qu’inquiétant prônant l’usage des sciences et des techniques afin d’améliorer les performances humaines. Du port courant des appareils dentaires à l’émergence des cyborgs en passant par le développement de la nourriture-médicament, celle-ci fait intelligemment le tour de la question à coups d’images léchées et de textes limpides.




4. Jonas Bendiksen, Le Dernier Testament (église Sainte-Anne)

En Zambie, Jésus de Kitwe conduit deux taxis sans licence ; au Brésil, INRI se balade sur un piédestal à roulettes ; en Sibérie, Vissarion se voit souhaiter son anniversaire par 5000 disciples. Pour son projet Le Dernier Testament, le Norvégien Jonas Bendiksen a suivi avec empathie le quotidien de sept hommes prétendant être le Messie redescendu sur Terre. L’échantillon mis en scène église Sainte-Anne, des portraits pénétrants étayés par de nombreux documents, constitue assurément l’exposition la plus surprenante de cette 49e édition.




5. Christoph Draeger et Heidrun Holzfeind, Le Projet Auroville (Ground Control)

Cinquante ans après la naissance de l’ambitieuse communauté dans le sud de l’Inde, le Suisse Christoph Draeger et l’Autrichienne Heidrun Holzfeind se sont rendus à Auroville, où vivent encore 2 500 personnes, pour prendre le pouls de l’utopie. Le résultat, une installation mêlant photographies, vidéos, images d’archives et objets divers, laisse interdit et fasciné, à coup sûr dépaysé. Un retour vers le futur en bonne et due forme.





Aurélie Laurière


À voir > aux quatre coins d’Arles. Jusqu’au 23 septembre 2018.
Retrouvez l’ensemble des événements et des informations pratiques sur : www.rencontres-arles.com




Visuels :


01 Robert Frank, New York City, 1950. Avec l’aimable autorisation de l’artiste et de la Collection Fotostiftung Schweiz.


02 Paul Graham, New Orleans, série a shimmer of possibility [Un scintillement de possibilités], 2003-2006. Avec l’aimable autorisation de Pace/MacGill Gallery, New York ; Carlier | Gebauer, Berlin ; Anthony Reynolds Gallery, Londres.


03 Matthieu Gafsou, Neil Harbisson se considère comme un cyborg. Souffrant d’une maladie rare, l’achromatopsie, qui le prive de la vision des couleurs, il s’est fait implanter une prothèse nommée Eyeborg. Intégrée à la boîte crânienne, elle capte les couleurs et les convertit en ondes sonores. Neil Harbisson plaide pour une augmentation créative de l’humain et se distancie parfois du transhumanisme, qu’il trouve trop figé dans des représentations stéréotypées ou commerciales. Il a une vision d’artiste plus que d’apôtre de la technoscience. Il se targue d’être le premier humain à apparaître avec sa prothèse sur la photo de son passeport. Munich, le 15 juillet 2015. Avec l’aimable autorisation de l’artiste, de Galerie C et de MAPS.


04 Jonas Bendiksen, INRI Cristo est promené autour du complexe sur un piédestal sur roues. INRI sont les initiales que Ponce Pilate fit écrire en haut de la croix de Jésus, et signifient : Jésus Christ, Roi des Juifs. Brésil, 2014. Avec l’aimable autorisation de Jonas Bendiksen/MagnumPhotos.


05 Christoph Draeger et Heidrun Holzfeind, Auromodele (tirée de Grandir Dedans, installation photographique, 2017). Avec l’aimable autorisation des artistes.