08 / 01 / 2019

 - Actualité

Pierre Soulages sur papier

Cet hiver, le Musée Pierre Soulages de Rodez offre un nouvel éclairage sur l’œuvre du maître de l’outrenoir en mettant en lumière ses œuvres sur papier. Ce support a en effet suivi l’artiste, dont la Collection Société Générale possède une toile, 14 mai 1958, tout au long de sa carrière, recueillant brou de noix, gouache, encre de Chine et fusain.

Brou de noix sur papier

« Muni de brou et de pinceaux de peintre en bâtiment, je me suis jeté sur le papier.»

 

C’est sur papier en effet qu’en 1946, tout a commencé. Rue de Courbevoie, Pierre Soulages se met alors à peindre avec le brou de noix qu’il avait découvert dans l’atelier d’un ébéniste qui se trouvait à deux pas de celui de son père. Préparé dans de grandes jarres pour s’assurer qu’il ait du corps, le brou était étalé sur le papier à grands coups de pinceaux, formant les premières peintures abstraites de l’artiste. Première rencontre avec la matière, qu’il recherche épaisse, organique, tangible. À l’autre bout de sa carrière, en 2004, on retrouve le brou de noix sur papier, cette fois mêlé d’encre de Chine : sur près de soixante ans, le peintre réaffirme sans cesse son attachement à ces matériaux auxquels il confère une expressivité solide et austère. Faisant, pour Soulages, partie prenante de son œuvre au même titre que ses toiles, ses vitraux ou ses bronzes, ces œuvres sur papier constituent un univers en soi.

 

« Plus les moyens sont limités, plus l’expression est forte. »

 

Un univers de signes forts et opaques, de lignes laissées comme des traces où l’on retrouve le souvenir de l’art pariétal, des traits de charbon de bois effectués dans l’obscurité des grottes. Le linguiste et historien d’art Pierre Encrevé en évoque « le papier blanc souvent intact, dans la plénitude de sa lumière, sur lequel joue la couleur sombre et chaude du brou de noix ou la profondeur du noir de velours des gouaches », et le bouleversement qu’il suscite. En cent-dix huit pièces exposées de manière chronologique dans les salles d’exposition permanente comme dans la salle d’exposition temporaire du musée de Rodez, le spectateur va lui aussi à la rencontre de la matière, des encres translucides, de la gouache dense et épaisse, et des éclats de blanc entre les lignes. Une présentation unique du travail sur papier de Soulages, entre ruptures et continuité.

 

« Je ne représente pas, je présente. Je ne dépeins pas, je peins. »

 

Car c’est bien de présentation – et pas d’exposition – qu’il faut parler ici, en reprenant le terme choisi par le peintre lui-même. Un grand soin a été apporté à l’encadrement, qui a été l’occasion de la mise en œuvre d’une opération de conservation préventive des peintures. En effet, le musée Pierre Soulages possède à lui seul près de six fois plus de peintures sur papier que toutes les collections publiques réunies. Provenant de la donation Pierre et Colette Soulages, ce sont elles qui composent la majorité de cet événement, accompagnées de dix-huit dépôts du peintre, et exposées pour la première fois de manière aussi exhaustive. De quoi redécouvrir le travail de ce peintre majeur sous un angle rarement abordé, qui met en valeur les liens étroits qui lient chez Soulages économie de moyen et puissance d’expression.

 

À voir > au Musée Soulages, Jardin du Foirail, Avenue Victor Hugo à Rodez (12)

Du 2 janvier au 31 mars 2019 du mardi au vendredi de 10h à 13h et de 14h à 18h et le samedi et le dimanche de 11h à 18h


Visuel :  Pierre Soulages, Brou de noix sur papier, 48,2 x x 63,4 cm, 1946, musée Soulages, donation Pierre et Colette Soulages, Rodez agglo. ADAGP 2018. Photo C. Bousquet