25 / 02 / 2019

 - Actualité

Exposer les révolutions : Guy Tillim à la fondation Henri Cartier-Bresson

Pour son deuxième cycle d’expositions dans ses nouveaux locaux du Marais, la fondation Henri Cartier-Bresson accueille le travail de Guy Tillim. Avec "Museum of the revolution", le photographe, dont la Collection possède une œuvre, "Administration building, Antsiranana, Madagascar", documente ses longues déambulations dans les capitales africaines, les évolutions, les conflits et les contrastes qui les traversent. Invitation au voyage.

Guy Tillim, Marshall St, Johannesburg, Afrique du Sud, 2014 © Guy Tillim, Courtesy of Stevenson, Cape Town and Johannesburg

Mémoires des lieux

 

Avant de donner son titre à cette exposition, le Museum of the Revolution est un lieu situé sur l’Avenida 24 Julho à Maputo, au Mozambique. Lieu de mémoire, il constitue un carrefour de symboles de l’histoire du pays : de part le 24 juillet qui a donné son nom à l’avenue d’abord, date qui a commémoré un triomphe colonial puis l’indépendance, et de part le musée lui-même évidemment, qui abrite une grande fresque célébrant l’émancipation des lois coloniales où l’on retrouve la rhétorique révolutionnaire en vigueur. Une illustration parfaite du postulat de départ de Guy Tillim, qui parcourt les grandes avenues des capitales africaines à la recherche des traces des bouleversements d’une histoire en train de se créer : celle de l’Afrique postcoloniale. « Ces rues, nommées et renommées, agissent en témoins silencieux des flux et reflux des changements politiques, économiques et sociaux du pouvoir, » explique-t-il dans l’ouvrage qui accompagne l’exposition.

 

Lire l’Afrique

 

Sud-africain qui a commencé sa carrière de photoreporter en auscultant les inégalités et les conflits sociaux qui déchiraient son pays, Guy Tillim utilise la photographie pour transcender frontières et clivages, et élargir des problématiques locales à un questionnement sur l’Afrique contemporaine. « L’Afrique postcoloniale est un emboîtement de formes, de signes et de langages. Ces formes, signes et langages sont l’expression du travail d’un monde qui cherche à exister par soi », écrit le philosophe camerounais Achille Mbembe : ce sont précisément ces formes et ces signes que le photographe s’est attaché à capturer dans toutes les villes dont il a arpenté les boulevards de 2014 à 2018 – Johannesbourg, Durban, Maputo, Beira, Harare, Nairobi, Kampala, Addis-Abeba, Luanda, Libreville, Accra, Abidjan, Dakar et Dar es Salaam.

 

Exposer les révolutions

 

À cette quête se mêle celle, plus personnelle, du photographe, de sa place au sein du continent qui l’a vu naître, que l’on retrouve en filigrane dans toute son œuvre. Leur résultat prend la forme de photographies dont le cadrage et la juxtaposition, par jeux subtils de rupture et de continuité, retranscrivent tant le particulier que l’universel. Véritable mise en abyme, Guy Tillim fait donc entrer entre les murs d’une institution artistique les multiples musées que sont ces rues africaines : l’espace urbain y apparaît comme un tableau, une accumulation de signes dont la lecture révèle à la fois le passé colonial de ces pays et les nouvelles orientations politiques qui s’y dessinent, entre tentatives socialistes, nationalisme africain et états capitalistes. Transcendant les questionnements politiques, le travail du photographe témoigne de formes figées et de renouvellements, de blessures passées et d’espoir, enfin de la capacité de création et de réinvention d’un continent devenu source inépuisable d’inspiration.

 

À voir > à la fondation Henri Cartier-Bresson, 79 rue des archives, 75003 Paris

Du 26 février au 2 juin, du mardi au dimanche de 11h à 19h

www.henricartierbresson.org


Photo :  Guy Tillim, Marshall St, Johannesburg, Afrique du Sud, 2014 © Guy Tillim, Courtesy of Stevenson, Cape Town and Johannesburg