11 / 04 / 2019

 - Actualité

Invitation au voyage : Rihla à la Société Générale Maroc

Cette année, le cosmopolitisme est à l’honneur à la Société Générale Maroc : en effet, c’est à la thématique du voyage qu’est consacrée son exposition annuelle. Sous le commissariat de l’artiste plasticienne et théoricienne de l’art Rim Laâbi, on longe et passe les frontières comme autant de portes : si elles peuvent être sources d’inquiétudes et d’espoirs dans un monde globalisé, l’exposition prend le parti de la porosité, des échanges et du partage. Invitation au voyage.

©Société Général Maroc

 Ibn Battuta, prince des voyageurs

 

C’est d’abord à un voyage dans le temps qu’est invité le visiteur : l’exposition s’ouvre en effet sur la figure d’Ibn Battuta, explorateur tangérois du XIVe siècle qui a parcouru l’Asie jusqu’à ses limites orientales ainsi que l’Afrique subsaharienne. Figure originelle d’un certain cosmopolitisme, ses périples ont été relatés par le poète Ibn Juzayy dans un ouvrage qui a assuré sa postérité, et qu’on a coutume d’appeler Voyage – Rihla. Son titre réel ? Un cadeau pour ceux qui contemplent les splendeurs des villes et les merveilles des voyages : tout un programme... C’est dans cette optique qu’a été conçue la scénographie de l’exposition, qui met à l’honneur seuils et portes comme autant de points de correspondances entre les époques, les lieux et les différents médiums artistiques. Des lignes sinueuses de l’ocre du désert, le bleu du ciel ou de la mer encadrent les œuvres et incitent à la contemplation, faisant de la visite elle-même un voyage.



Vue de l'exposition ©Société Général Maroc 



Brûle la mer

 

Ces ocres et ces bleus que l’on retrouve dans les œuvres de la deuxième partie de l’exposition, « Brûle la mer », des aplats abstraits d’Ahlam Lemseffer aux dessins d’Amina Rezki,  assurent une continuité temporelle et thématique avec les réalités les plus contemporaines du voyage. Car si Rihla évoque des ailleurs presque mythiques, elle aborde aussi la question des migrations actuelles, et contre l’ostracisation, elle propose la compréhension et le dialogue. Voyageurs avant tout, ceux que l’on appelle réfugiés ou migrants y apparaissent comme une nouvelle figure de cette soif d’évasion, de l’envie de liberté, du besoin d’ailleurs ; comme un autre soi-même. Tensions internes qui trouvent leurs correspondances dans le travail des artistes exposés.



NAJIA MEHADJI, Gnawa Soul, 2016 Acrylique sur toile 80 x 200 cm ©Société Général Maroc

 


Regarde-moi

 

Car c’est finalement au sein même de la création qu’il s’agit de passer les frontières. Littéralement d’abord : si l’exposition fait la part belle à la création marocaine, le parcours de nombreux artistes, comme la peintre Najia Mehadji ou le photographe Fouad Maazouz, fait le pont entre les deux rives de la Méditerranée, entre Orient et Occident. Et figurativement ensuite : l’exposition suggère des passages multiples d’un médium à l’autre et souligne les porosités entre arts visuels, artisanat, peinture, sculpture, photographie, art vidéo et cinéma. Enfin, en interrogeant et déconstruisant les clichés, ce sont les liens entre les expériences et les subjectivités qui sont mis en valeur. Des toiles colorées de Monia Abdelali aux portraits de Leila Alaoui, des abstractions de Farid Belkahia aux dessins de Saïd Afifi, c’est à un autre voyage que l’on est invité : une exploration du patrimoine culturel et de l’art contemporain du Maroc, et une célébration de l’altérité.


 

À voir > à l’Espace d’Art Société Générale Maroc, 55, boulevard Abdelmoumen, Casablanca, du lundi au vendredi de 9h à 15h30 jusqu’au 31 décembre 2019 https://www.sgmaroc.com/exposition-rihla/