Confidences autour d'une collection

Carte blanche à Jean-Michel Othoniel, artiste plasticien français

Privilégiant, par goût des métamorphoses, les matériaux aux propriétés réversibles, Jean-Michel Othoniel commence par réaliser, au début des années 1990, des œuvres en cire ou en soufre qu’il présente dès 1992 à la documenta de Cassel. L’année suivante, l’introduction du verre marque un véritable tournant dans sa démarche. Travaillant avec les verriers de Murano, il explore les possibilités de ce matériau qui devient dès lors sa signature. A partir de 1996, il inscrit ses œuvres dans le paysage, suspendant des colliers géants dans les jardins de la Villa Médicis, aux arbres du jardin vénitien de la Collection Peggy Guggenheim (1997), à l’Alhambra de Grenade (1999). En 2000, il répond pour la première fois à une commande publique et transforme la station de métro parisienne Palais-Royal – Musée du Louvre en Kiosque des Noctambules. Régulièrement, il est invité à créer des œuvres in situ, en dialogue avec des lieux historiques ou des architectures d’aujourd’hui. Il réalise actuellement une commande pérenne pour les jardins du château de Versailles : Les Belles Danses, trois sculptures fontaines créées pour le bosquet du Théâtre d’Eau redessiné par le paysagiste Louis Benech.


« En 2013, la Société Générale m’a passé commande d’une œuvre pour son nouveau bâtiment du 17 cours Valmy à la Défense, j'ai voulu créer une sculpture comme un nouveau signe de l’infini qui échapperait à la raison. C'est une sculpture suspendue qui détient en elle de nombreux signes cachés, un nœud de Lacan liant le réel à l’imaginaire, des lettres grecques s’y présentent dans le monde des marchés, mais qui ici ne sont visibles que sous un certain angle. L'art n'est-il pas une confusion évidente, un grand nœud d'où naît la lumière ?
C'est en rentrant dans cette collection que j'ai découvert son ampleur, sa variété et sa richesse. Mais comment regarder un groupe d’œuvres quand on en est l'un des artistes et que l’on a été choisi pour faire partie d'une histoire que l’on n’a pas écrite ?

Lorsqu'il m’a été proposé de mettre en dialogue, autour de mon Noeud grec, des œuvres de la collection, j'ai tout de suite aimé l’idée d’avoir la liberté de pouvoir jouer avec un ensemble d’œuvres que je ne pourrais jamais personnellement acquérir. Je n'ai pas la prétention de faire un travail scientifique, de découvrir un thème ou même de mettre l'accent sur un média ou des formes spécifiques d’œuvres, j’ai juste eu envie de faire ma propre collection parmi toutes ces œuvres qui m’ont été offertes. Je n’ai choisi que des peintures et les ai installées autour de ma sculpture dans les limites de l'espace qui m’était proposé.

Derrière ces œuvres, il y a les artistes que j’aime : Raymond Hains, Bernard Frize, Bertrand Lavier, Laurent Grasso, Pierre Soulages, Nathalie Elemento, Lionel Estève, Alan Charlton, Imi Knoebel, Jean-Marc Bustamante.
J'ai aussi découvert les acquisitions de grands ensembles d'oeuvres d'un même artiste, et notamment de deux peintres que j’admire : Shirley Jaffe et Aurélie Nemours. J'ai eu envie de leur consacrer un lieu spécifique et de mettre face à face ces deux grandes dames de l’art abstrait. Je ne sais pas si elles ont déjà exposé ensemble, mais elles ont sûrement dû se croiser à une époque où le tout masculin de l'art contemporain ne leur a peut-être pas laissé la place qu’elles méritent. Cet hommage que je leur rends ici est bien humble face à la majesté de leurs œuvres. J’espère qu’il donnera l’envie à de vrais spécialistes de mettre à nouveau leurs travaux en lumière. Même si les artistes sont souvent les premiers à porter un regard sur les autres artistes, leur vision reste toujours confidentielle. »