The quiet of dissolution, Ice storm

Sonja Braas

Date : 2005

Support : Photographie

Dimension : 159,1x206,5 cm

C-print, diasec

« Le paysage est le modelage de la nature par l’homme. Modeler signifie ici tout à la fois qu’il s’en fait une idée, la mystifie, la vénère, l’identifie, la définit et la cartographie, mais qu’il la modèle aussi selon cette idée, la cultive, l’exploite et la copie. La relation de l’homme à la nature évolue avec l’importance que celle-ci a pour lui. Mon travail s’attache à la perception de la nature et du paysage. Je m’intéresse plus particulièrement aux thèmes de la copie, de la répétition et de la reproduction de la nature et à son influence sur la perception [….] Ces paysages ne sont pas associés à des régions géographiques définies et existantes, mais seulement suggérés, tout en couvrant le plus exhaustivement possible, par les photographies présentées, les différentes zones climatiques et topologiques de paysages, afin de créer un atlas mondial fictif.»
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Le guide



Cette forêt n’est guère engageante. Un simple regard posé sur la photographie de Sonja Braas et un frisson glacé vous parcourt.

La densité de ce réseau filaire gelé nous interdit d’ailleurs tout accès à une nature décidément bien hostile.
 
Mais qu’est-ce exactement ? Un sous-bois pétrifié par les glaces, un enchevêtrement de fils électriques mis à terre par une tempête, l’antre d’une monstrueuse araignée…

Si nous n’arrivons pas à identifier clairement ce paysage, c’est que celui-ci, en réalité, n’existe pas. Je m’explique. L’artiste allemande a entrepris de réaliser un inventaire exhaustif des différents territoires ou phénomènes météorologiques que l’on rencontre à la surface de la terre : éruptions volcaniques, tornades, vagues, tempête de neige…
Tout cela …en restant dans son atelier !
Ce que vous voyez est en effet une simple maquette, un panorama qui n’a jamais existé que dans l’imaginaire de l’artiste.

Mettant en scène le déchaînement des éléments, les photographies de Braas ne vous rappellent-elles rien ?
Elles s’inscrivent en effet dans la grande tradition de la peinture romantique allemande. Néanmoins, elle en réactualise le propos en utilisant le médium photographique et en introduisant ce trouble né de la fiction.
Comme le souligne le titre, le calme règne désormais sur ce tableau d’apocalypse, figé dans une froide atmosphère. Dans une vision romantique, Braas s’attarde sur la force de la nature, sur son caractère par définition incontrôlable. Mais en reproduisant cette même nature, en la mimant, elle introduit dans ce territoire chimérique une dimension supplémentaire et antinomique : la culture.
La nature, vue par le prisme de l’artiste, DONC de l’humain, devient alors un espace maîtrisé.