Perspective

(Brothers) Gao

Date : 2002

Support : Photographie

Dimension : 120 x 142 cm

C–print

Le fil conducteur des photographies des Frères Gao est la représentation d’un espace cloisonné dans lequel s’insère tant bien que mal l’homme, avec ses désirs, ses frustrations, ses douleurs, ses rêves et ses cauchemars. Cet espace, qu’on appelle « narratif », prend l’apparence d’un placard, d’un immeuble abandonné en pleine construction, d’une ruche dont les innombrables alvéoles s’emboitent les unes aux autres, ou encore d’une construction totalement digitale dont les fenêtres reproduites toutes à l’identique prennent des allures kafkaïennes. Mais il s’agit toujours d’un lieu dans lequel l’homme semble se sentir tour à tour ému, dans l’attente, abandonné, perdu, exclu, compressé, étouffé, jamais tout à fait libéré, mais, curieusement, jamais tout à fait mal non plus. C’est un peu comme si l’homme était chaque fois pris au piège de ses propres constructions.
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Le guide


Accès interdit ! On ne passe pas !

Le paysage très tentant, vierge de toute construction qui nous est proposé en arrière plan nous est en même temps refusé par l’interposition de la structure géométrique noire. Frustration !

De plus, la présence physique des 2 hommes assis perturbe le jeu d’échelle et laisse deviner qu’il ne s’agit pas d’une fenêtre mais bien de 4 fenêtres d’un immeuble en construction. Etrange !

Cette photographie est bien une synthèse des thèmes récurrents de l’œuvre du duo familial chinois que forment les Gao Brothers.
En effet, qu’ils agissent en sculpteurs, performeurs ou photographes, l’espace ou plutôt le manque d’espace, l’espace contrarié, l’oppression créée par l’entassement de corps nus de chinois anonymes sont au cœur de leur travail. Ils développent avec constance depuis une vingtaine d’années une réflexion sur l’évolution de la société chinoise, l’urbanisation des campagnes, la densification des zones urbaines, la paupérisation des classes moyennes.

Ici, ils offrent une perspective sur la situation socio économique de la Chine toute en contraste : contraste du noir et de la couleur, de l’ombre et de la lumière, de la composition. En effet, celle-ci est parfaitement symétrique, les artistes allant jusqu’à faire bégayer le motif, mais l’insertion de la présence humaine créée une dissymétrie troublante, comme pour nous signaler subrepticement un malaise, une anomalie dans le système.

Dans cette photographie au titre évocateur : ‘perspective’, le travail de dénonciation qu’ils opèrent se fait particulièrement subtil.