Bureaux administratifs, Antsiranana, Madagascar

Guy Tillim

Date : 2007

Support : Photographie

Dimension : 91,5 x 131,5 cm

Impression pigmentaire sur papier archive coton

Dans de nombreuses villes africaines, des rues, des avenues et des places portent le nom de Patrice Lumumba. L’un des premiers chefs politiques élus dans l’Afrique contemporaine, il a remporté les élections au Congo après l’indépendance de la Belgique en 1960. Le discours qu’il prononça lors des célébrations de l’indépendance à Léopoldville, en présence de Baudoin, Roi des Belges, proclama sans ambiguïté son opposition à un néo-colonialisme occidental qui remplacerait la domination ostensible par un contrôle indirect. Il fut assassiné en janvier 1961 par des agents belges, après que les Nations Unies eurent participé à la sécession des provinces de Katanga et de South Kasai, et après le coup d’état militaire de Mobutu Sese Seko, soutenu par des puissances occidentales. Son image de nationaliste visionnaire reste vierge des accusations d’abus de pouvoir indissociables des chefs d’état africains de ces dernières années.


Guy Tillim : « Ces photographies ne sont pas un témoignage condensé sur les États africains postcoloniaux, ni une méditation sur certains aspects des structures coloniales de la fin du modernisme, mais plutôt une errance au fil des avenues des rêves. Celui de Patrice Lumumba, son nationalisme, transparaît bien dans les structures, si l’on sait en discerner les traces, comme est visible la mort de son idéal, dans l’état de ces monuments. Il est étrange que le modernisme, qui a abandonné les monuments et le passé au profit de la nature et de l’avenir, véhicule si clairement cette mémoire. »
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Le guide



Parfois, les éléments biographiques apportent un éclairage déterminant sur l’œuvre d’un artiste. C’est le cas de Guy Tillim. Commençons par ses origines. Blanc Sud-Africain, il grandit dans le contexte douloureux de l’Apartheid. Adulte, il travaille comme photographe de guerre à travers l’Afrique pour l’Agence France Presse ou l’agence Vu.

Vous comprenez mieux maintenant le style, l’ambiance si particulière qui se dégagent de cette image, Bureaux administratifs. Tillim choisit un point de vue presque hors-cadre : l’homme assis à son bureau est anecdotique. Le vrai sujet, c’est cette perspective kafkaïenne, ce couloir donnant sur autant d’histoires qui nous échappent.
Tillim ne fait pas des clichés de mode, de paysages ou de mannequins retouchés. Son travail reconnu aujourd’hui comme une œuvre d’art à part entière doit tout au photojournalisme. Il y développe un langage universel qui lui permet de lutter contre l’incompréhension et le racisme.
Utopique ? Peut-être. Optimiste, certainement.
Malgré les nombreux drames que Tillim a saisis tout au long de sa carrière, il ne peut s’empêcher de porter un regard humaniste sur ses contemporains.
Avec délicatesse et humilité, pudeur presque, il interroge le contexte politique et social difficile de la société postcoloniale. Dans cette architecture hors-temps, une silhouette émerge : une jeune femme qui traverse un rayon de lumière. Que regarde-t-elle ? Vers quoi s’échappe-t-elle?
 
La force de la photographie est bien de pouvoir jeter des ponts entre les êtres et surtout de saisir l’insaisissable, ce moment suspendu où nos pensées s’envolent…