Cour intérieure, 26 septembre

Marie Bovo

Date : 2008

Support : Photographie

Dimension : 120 x 152 cm

Tirage ilfochrome monté sous plexiglas & marouflé sur aluminium.

La série de Marie Bovo intitulée "cours intérieures" porte sur des cours intérieures du quartier Belzunce, à Marseille. Le principe est sensiblement le même que pour sa série "Bab-el-louk", prise au Caire, si ce n'est que cette fois l'objectif est dirigé vers le ciel.. Ce dernier, littéralement encadré par les parois des immeubles -qui confèrent à ces images une atmosphère carcérale-, forme un rectangle immatériel, un trou, un vide qui devient plein, une inaccessible échappée. Le quadrilatère rappelle les écrans de cinéma blanc d'Hiroshi Sugimoto. Il évoque aussi cette pratique des augures de l'ancienne Rome qui consistait à dessiner un rectangle virtuel dans le ciel et à y dénombrer le passage des oiseaux, afin de guetter les bons et mauvais présages. Osons voir ici une belle métaphore de la photographie, dans ces sortes de puits où la lumière s'emploie à aspirer les rares photons qui descendent jusqu'à lui.
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Le guide


Sensation de vertige.
L’artiste espagnole, Marie Bovo, crée une perspective étourdissante, un point de vue anti naturaliste en quelque sorte, puisqu’il faudrait se tordre le cou pour voir ainsi.
Et l’impression qui nous saisit en regardant cette photographie est d’autant plus forte qu’elle nous place, nous regardeurs, au cœur d’un enfermement que la trouée de lumière centrale ne fait qu’accentuer. En effet, cette œuvre est toute en paradoxe ouverture / fermeture.

Si dans la peinture classique, la fenêtre offre une ouverture sur le monde, une communication, l’artiste renverse ici les propositions. Des fenêtres encerclent par dizaines le spectateur. Regardez-les. Avez-vous un sentiment d’ampleur, d’espace ? Non, même si elles brillent d’une lumière intérieure, elles renvoient à un espace clos. Soit parce que les persiennes ou les fenêtres elles-mêmes sont closes, pour la plupart, soit parce que la prise de vue force cette appréhension de l’espace.

Arrêtons nous maintenant sur un autre élément : Anachroniques, la disposition aléatoire des cordes à linge vient briser la géométrisation rigoureuse de la composition: cour carrée, trou de lumière carré, fenêtre rectangle ; format de l’œuvre rectangle, effets de symétrie, tout en agissant comme seul symbole de communication. On devine aussi un temps de pose très long pour cette prise de vue par la captation du mouvement de la corde au linge blanc.

En effet, le temps est long car c’est bien l’impression d’une plongée dans un univers carcéral que dégage cette photographie, avec l’espoir de la lumière.