Rochers carrés

Kader Attia

Date : 2008

Support : Photographie

Dimension : 55,5 x 80,5 cm par photo

9 photographies, impression sur papier satin

La série photographique Rochers carrés explore la relation entre le béton des immeubles de proximité du quartier où l'artiste vit à Paris et une plage à Alger où il a passé son enfance. Cette plage est couverte d'énormes blocs de béton, surnommés les « rochers carrés » par la population, et son architecture ressemble aux plans de la ville de Paris dessinés par le baron Haussmann. Les rochers carrés attirent les jeunes de la ville, comme une ultime frontière les séparant de l'Europe, et, par extension, de leurs rêves d'une vie meilleure. Kader Attia commence ainsi à observer des similitudes des deux côtés de la Méditerranée. La difficile existence des jeunes Algériens lui rappelle les luttes des jeunes de son quartier en France. Dans ces deux lieux, les jeunes expriment le même manque d'espoir pour un avenir meilleur, les mêmes sentiments d'échec et sensations de souffrance.
Fermer

Le guide



« Rochers carrés » : quel titre ambigu, ne trouvez-vous pas ?
Alors que le premier mot évoque un paysage naturel, le second au contraire introduit un aspect artificiel, contrarié.
Le terme « carré » fait référence à une géométrie qui s’oppose par définition au concept même de nature. Il renvoie à l’idée de soumission des formes et métaphoriquement, d’assujettissement à une pensée trop rigide.
Pour l’artiste français d’origine algérienne Kader Attia, les Rochers carrés sont un souvenir d’enfance. Il s’agit du nom familier donné à la jetée du bord de mer, lieu de promenade populaire, où aime à se retrouver la population d’Alger.

Mais au-delà de la réminiscence, Attia signe ici une œuvre éminemment politique et sociale. En effet, cette jetée est aussi le lieu ultime où la jeunesse algérienne vient affronter la Méditerranée et rêver à ce qu’il y a de l’autre côté : l’Europe… un espoir. Le plasticien, quelque soit le médium auquel il recourt, traite des thèmes du déchirement, des contraintes quotidiennes, du déracinement.

Avec cette jetée, ce n’est pas simplement la nature que l’homme veut soumettre, mais bel et bien la société. A l’image de ces avancées urbaines sur la mer, la jetée est la matérialisation de la frontière, la métaphore d’un empêchement ou plus simplement, l’impossibilité de se projeter dans l’avenir.

Regardez ces paysages. Il n’y a pas d’horizon dans ce chaos de blocs. La mer se devine à peine. Une silhouette ou une ombre s’échappe et ramène notre regard vers la ville : Alger la Blanche.
Nous voilà de retour sur ces rochers carrés, hommage aux utopies architecturales du Corbusier ou de Fernand Pouillon.