Leone

Pierre Gonnord

Date : 2005

Support : Photographie

Dimension : 100 x 100 cm

Chaque cliché est accompagné d’un prénom qui lui donne son titre. Une façon de souligner que, loin d’être un prédateur de visages, Pierre Gonnord connaît chacun de ses modèles et son histoire. À ses yeux, la rencontre artistique se double toujours d’une rencontre humaine.


Texte : Carole Vantroys.
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Le guide


« Un œil noir te regarde…. »
Portrait de trois quart d’un homme jeune, 33 ans peut-être ?
Qui peut-il bien être, auréolé de tant de mystère et de noblesse.

Mystère car ce portrait est hors de toute référence temporelle. En effet, si ce n’est l’usage du médium photographique qui nous renvoie naturellement à l’ère contemporaine, il n’y a pas le moindre indice permettant de le dater avec certitude. Le lien de cuir qui souligne la barbe, seul élément exogène de cette composition fort dépouillée, peut être un accessoire aussi bien contemporain qu’antique. Il ne nous renseigne en rien !
Et le mystère reste entier dans ce fond noir, neutre où se détache un magnifique jeu d’ombres et de lumière qui n’est pas sans évoquer la grande peinture espagnole du XVIIème siècle, Vélasquez, Zurbaran, mais aussi Caravage.

Ajoutons à cela l’extrême pureté de la composition :
Un format carré de belle dimension 1 m par 1m, 
Un cadrage serré sur le sujet
Une palette épurée : noir, brun, la peau légèrement olivâtre où se détache sensuellement la seule touche rosée des lèvres du sujet.

Notons également la qualité de la prise de vue et du tirage que le photographe ne retouche jamais, et nous comprenons que Pierre Gonnord offre à son sujet tous les moyens dont il est en possession en tant que photographe pour l’ennoblir, n’hésitant pas à conférer à Leone une résonnance christique.

Or, l’artiste nous délivre un message grave, sérieux, une réflexion sur les ‘oubliés’ de la société, allant chercher ses sujets, souvent des gueules cassées d’ailleurs, chez les laissers pour compte de la société. Mais le regard de Leone, profond et doux, est de ceux que l’on ne peut pas oublier.