Sortie

Eric Rondepierre

Date : 2008

Support : Photographie

Dimension : 50 x 67 cm

Ilfochrome sur aluminium
Courtesy de l'artiste & Galerie RX, Paris / © ADAGP

Chacune des œuvres de la série Seuils en est un concentré, suggéré à notre imagination par les personnages qui les hantent. Qu’ils nous tournent le dos comme dans Champs-Elysées, Loge ou Perspective, ferment les yeux (Nocturne)ou ne s’occupent ostensiblement pas de nous (Sortie), ces hommes et ces femmes sont tout à leurs affaires, leurs tragédies. Plusieurs tiennent un pistolet, d’autres se querellent, une morte dérive. Un mouvement anime ces scènes dans lesquelles les protagonistes marchent souvent, courent parfois, et sont presque toujours inscrits dans un environnement habité de lignes obliques, où le guingois est la norme. L’empreinte d’une précarité électrique confère à ces photographies la puissance d’un éblouissement. Aussi sont-elles capables d’entrer en résonance avec un fonctionnement psychique qui ignore les frontières entre le passé et le présent, la photographie, le cinéma et la vie.
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Le guide



Plus qu’un photographe, Eric Rondepierre est un œil. Un œil avisé qui dissèque notre quotidien pour en prélever l’essentiel. Le cinéma, la publicité, la photographie, tout l’inspire.

Qu’en retient-il ? Non pas la simple évidence qui nous saute aux yeux à nous spectateurs, mais l’entre-deux scène, l’entre-deux mouvement, cet imperceptible détail qui fait l’étrangeté de la photographie. Ici, une bouche de métro qui nous situe sans nul doute à Paris, mais où plus précisément ? Mystère.

L’artiste travaille par séries, chacune explorant un rapport inédit au visuel.
En quoi consiste son intervention ? Comme d’autres peignent ou sculptent, Rondepierre fait du détournement sa matière première, interrogeant au-delà des images, des notions qui nous touchent : le concept de cadre/hors cadre, le décalage et par métaphore, l’idée du temps, celui qui file, mêlant dans une vision romantique, passé et présent.

A force de regarder la vie des autres par vision interposée, l’artiste s’est petit à petit intégré dans ses propres fictions, glissant doucement vers le genre de l’autobiographie. Serait-ce lui de dos ? Et quelle est cette figure en noir et blanc ?
Le titre nous indique la sortie, pourtant les deux protagonistes ont des mouvements antinomiques. Qui suivre ? Nous sommes pris entre deux, nous restons sur le Seuil, le nom de cette série justement.

Mais qui mieux que l’auteur peut parler de son œuvre ? Laissons-lui le mot de la fin :
« Je vois le seuil comme une zone d’hésitation, de franchissement, une marque de discontinuité. C’est un appel vers le différent, l’inconnu. Ce basculement vers le deux, c’est aussi le lieu exaltant des rencontres et des choix.»