06 / 11 / 2018

Actualité

Mathieu Pernot importe la prison de la Santé au Centquatre

La Santé, 2015 © Mathieu Pernot

Avec La Santé, à voir au Centquatre jusqu’au 6 janvier prochain, l’artiste Mathieu Pernot, dont la Collection possède un tirage, livre le fruit de son travail autour de la célèbre maison d’arrêt sous la forme d’une exposition concise et puissante. Visite.

Saviez-vous que la prison de la Santé, construite en 1867 dans le 14e arrondissement de Paris, était fermée pour travaux depuis quatre ans et qu’elle s’apprêtait à accueillir de nouveau des détenus cet hiver ? Le photographe Mathieu Pernot y a d’emblée vu le lieu d’une exploration documentaire au long cours. Poussé par la volonté de comprendre comment la prison pouvait produire des formes et des idées qui lui étaient propres, l’artiste s’est rendu à la Santé à plusieurs reprises. Au printemps 2015, alors que les derniers prisonniers venaient de quitter les lieux, puis à l’automne de la même année, quand le coup d’envoi du chantier fut donné.




Au Centquatre, tout commence avec un face-à-face abrupt : le seuil de l’expo franchi, d’imposantes photographies de coursives se chargent de nous plonger dans l’univers carcéral. Un univers fouillé dans la vidéo voisine où l’on suit Mathieu Pernot à travers les bâtiments de la Santé tout juste vidés. On y voit notamment l’artiste entrer dans des cellules pour y prélever documents et images laissés par les détenus. De ces portes ouvertes une à une sur ces pièces désertées mais encore habitées, émergent alors l’image et l’idée, puissantes, de l’enfermement.




La suite du parcours nous fait pénétrer plus avant dans la vidéo… ou dans la Santé. Séparées par des marquages au sol symbolisant des cloisons, les images prélevées dans les différentes cellules se trouvent exposées sur les murs. Du fou de grosses cylindrées au féru de peinture du XVIIIe siècle en passant par le passionné de montres, celles-ci dessinent le portrait en creux de ceux qui les choisirent pour horizon. Au centre de la salle, une autre installation rassemble des cartes du monde, de pays ou de villes. Annotées, déchirées ou trouées nettement pour ne pas obturer l’œilleton d’une porte, elles disent tout autant la violence de la surveillance que la possibilité, pour le prisonnier, de regarder le monde par le trou de sa lorgnette.




Après avoir longé une cimaise sur laquelle ont été reproduites différentes inscriptions – cris de haine ou d’amour – provenant de la Santé, on débouche sur la dernière salle de l’exposition. Des peintures sur bois mêlant références à des tableaux célèbres, calligraphie arabe et iconographie chrétienne, réalisées par des prisonniers dans le cadre d’un atelier, sont accrochées de manière à nous surplomber. Suturées en divers endroits, elles ont été réparées par Mathieu Pernot après avoir été brisées durant le chantier. La progression de ce dernier se trouve d’ailleurs illustrée par des photographies disposées de part et d’autre à hauteur d’yeux. Vomissant ses entrailles, la Santé y laisse éclater au grand jour ce qu’elle tenait jusqu’alors caché.


Ce va-et-vient entre intérieur et extérieur, doublé d’un va-et-vient entre présence et absence, visibilité et invisibilité, est sensible tout au long du parcours. Un mouvement de balancier permanent qui nous livre une image inédite de la vie carcérale en même temps qu’il laisse entrevoir le monde observé depuis la prison. Une passionnante remise à niveau des regards.



Aurélie Laurière

Visuels : La Santé, 2015 © Mathieu Pernot



À voir > au Centquatre, 5 rue Curial, Paris 19e.
Jusqu’au 6 janvier 2019, du mercredi au dimanche de 14h à 19h.

25 / 09 / 2018

Actualité

Julien Prévieux au MAC : parcours en 5 œuvres mordantes

Julien Prévieux, What Shall We Do Next? (Sequence #2), 2014. Vidéo HD, son, 16'47''. Copyright photo : Julien Prévieux.

Le MAC de Marseille met à l’honneur le travail délicieusement politique, critique et plastique de l’artiste français Julien Prévieux, Prix Marcel Duchamp 2014, dans une exposition intitulée Mordre la machine. Parcours en cinq œuvres dont l’une, Pickpocket (2015), a été prêtée par la Collection Société Générale.

1. Lettres de non-motivation, 2000-2007


De 2000 à 2007, Julien Prévieux s’emploie à répondre par la négative à des offres d’emploi récoltées quotidiennement dans la presse. Le résultat, qui rassemble petites annonces, candidatures et réponses plus absurdes les unes que les autres, pointe le caractère artificiel du rituel de la lettre de motivation et les failles d’un système dans son ensemble. Intérêt pour l’économie et pour ce que le philosophe Elie During nomme « les formes comportementales réglées de notre quotidien », pratique de l’infiltration et sens de l’humour : les bases du travail de Julien Prévieux sont posées.



Julien Prévieux, Lettres de non-motivation, 2000-2007. Petites annonces et impressions A4. 



 2. What Shall We Do Next?, 2007-2014


Poussant plus loin sa curiosité pour les comportements normalisés, Julien Prévieux se penche, à partir de 2007, sur les gestes permettant l’utilisation de divers appareils – surtout dans le domaine des nouvelles technologies – qui se trouvent déposés auprès de l’agence américaine de la propriété industrielle avant que lesdits appareils ne soient commercialisés. Il en tire What Shall We Do Next?, œuvre en trois parties composée d’un film d’animation, d’une vidéo et de performances qui lui vaut le Prix Marcel Duchamp en 2014. Une chorégraphie des plus réussies entre virtuel et matériel, passé et futur, réalité et science-fiction.



Julien Prévieux, What Shall We Do Next? (Sequence #2), 2014. Vidéo HD, son, 16’47’’. Copyright photo : Julien Prévieux. 




3. Atelier de dessin - B.A.C. du 14e arrondissement de Paris, 2011-2015


Pour Julien Prévieux, l’expérience n’est pas un vain mot. En 2011 puis 2015, il organise ainsi un atelier avec des policiers parisiens auxquels il propose de tracer manuellement les diagrammes de visualisation des crimes et délits habituellement réalisés par ordinateur. Atelier après atelier, tandis qu’ils perdent leur fonction première d’aide à la décision, les graphiques en acquièrent de nouvelles, pour le moins inattendues. Permettant aux participants de réfléchir aux mutations de leur métier, ils se transforment surtout en œuvres abstraites tandis qu’ils jettent un pont entre des univers a priori étrangers.



Julien Prévieux, Atelier de dessin - B.A.C. du 14ème arrondissement de Paris, 2015. Encre sur papier calque, 67 x 52 cm. Copyright photo : Toni Hafkenscheid. 



4. Pickpocket, 2015


Dans la même veine, Julien Prévieux modèle en 2015 une sculpture abstraite, toute en acier et jeux d’équilibre, à partir des déplacements d’un pickpocket. Tirant parti de la proximité esthétique entre les productions issues des dispositifs d’enregistrement des gestes et mouvements, et celles résultant des recherches formelles des modernités artistiques, le plasticien déjoue les objectifs de surveillance et de contrôle ici à l’œuvre pour donner naissance à une forme pure… qui a rejoint la Collection Société Générale en 2015.



Julien Prévieux, Pickpocket, 2015. Aluminium brossé, médium, placage chêne, 250 x 150 x 150 cm. 



5. Anthologie des regards, 2018


Plus que jamais préoccupé par l’enregistrement du mouvement, Julien Prévieux s’intéresse pour le MAC à l’eye-tracking, un ensemble de techniques permettant d’étudier le comportement oculaire utilisées en marketing. Son Anthologie des regards figure en effet, sous forme de constructions géométriques en fil de laine, les regards portés par un groupe d’étudiants des Beaux-Arts de Marseille sur des œuvres du MAC. Souvenirs d’œuvres et œuvres en soi, ces compositions arachnéennes nous confirment ce dont on se doutait : Julien Prévieux sait aussi faire des pieds de nez à l’histoire de l’art.


Julien Prévieux, Anthologie des regards, 2017. Laine et colle à chaud, dimensions variables. Vue d’exposition, Blackwood Gallery, Toronto. Copyright photo : Toni Hafkenscheid. 





Aurélie Laurière


À voir > au musée d’art contemporain de Marseille, 69 avenue de Haïfa, Marseille 8e.
Jusqu’au 24 février 2019, du mardi au dimanche de 10h à 19h.


À noter > l’exposition se tient dans le cadre du festival Actoral, du 25 septembre au 13 octobre à Marseille ; elle est accompagnée d’une performance, Of balls, books, and hats, à la Friche la Belle de Mai samedi 29 septembre à 20h et dimanche 30 septembre à 15h30. 


Visuel du haut : 

Julien Prévieux, What Shall We Do Next? (Sequence #2), 2014. Vidéo HD, son, 16’47’’. Copyright photo : Julien Prévieux. 

06 / 07 / 2018

Flash expo : Zao Wou-Ki au musée d’Art moderne de la Ville de Paris

Rencontre avec François Michaud, co-commissaire de l'exposition "L'espace est silence" au musée d’Art moderne de la Ville de Paris du 1er juin 2018 - 6 janvier 2019.



Réalisation : Maya Carillon. Interview : Pauline Even. ©Connaissance des Arts 2018.
Coordination : Anne-Sophie Lesage
Générique et habillage : Elie Meignan.
 
Pour les œuvres qui apparaissent dans la vidéo : 
Crédits : Zao Wou-Ki © ADAGP, Paris, 2018

21 / 10 / 2016

Websérie Flash Expo : Magritte au Centre Pompidou

Magritte

La Collection Société Générale s’associe à Connaissance des Arts pour présenter les plus grandes expositions d’art moderne et contemporain du moment à travers la rencontre avec le commissaire de l’exposition ou avec l’artiste exposé.

Rencontre avec Didier Ottinger, commissaire de l’exposition « René Magritte – La Trahison des Images » au Centre Pompidou du 21 septembre 2016 au 25 janvier 2017.